Travailler pour ou avec Dieu ?
 
 

Le devoir chrétien obéit essentiellement à deux commandements dictés par Jésus-Christ : aimer Dieu et son prochain (Matthieu 22.37-40) et annoncer la Bonne Nouvelle jusqu’aux extrémités du monde (Matthieu 28.19-20). En d’autres termes, c’est par amour pour Dieu et leur prochain que les chrétiens proclament le message du Christ afin que toute personne puisse le recevoir et être sauvée.

Finalement, un devoir d'évangélisation… de surcroît, non énoncé comme option facultative et ne concernant pas seulement les ministres consacrés, mais tous les croyants ! Toutefois, cette contribution humaine à l’œuvre de Dieu peut être appréhendée de deux façons, au premier abord semblables, que nous allons tenter de distinguer. Les fidèles sont en fait appelés à œuvrer non pas pour Dieu, mais avec Dieu… au sein d’une magnifique entreprise. En quelque sorte, une véritable coopération !

Par contre, lorsque cette dernière s’applique au salut de l’homme, nous pensons avec l'apôtre Paul qu’elle n’est pas marquée du sceau de la volonté divine contrairement à ce qu’affirment certains, nous en dirons quelques mots à la fin de cet article.


Travailler pour Dieu

A toutes les époques et sur tous les continents, de multiples motivations ont poussé nombre d’hommes et de femmes à « travailler pour Dieu ». Or, on sait que la nature humaine est encline au mal et particulièrement à l’orgueil… classé comme le premier vice par le Catéchisme de l’Eglise catholique (1) ! De surcroît, selon une maxime de La Rochefoucauld, « l’orgueil est égal dans tous les hommes, et il n'y a de différence qu'aux moyens et à la manière de le mettre au jour (2) ». L.-A. Maugendre affirme même que « prétendre travailler pour Dieu est déjà de l’orgueil (3) » !

Dès lors, on peut dire sans risque de trop se tromper, que ce n’est pas tant l’amour pour Dieu que l’orgueil individuel qui stimule l’effort de ceux qui se disent travailler pour lui, jusqu'à en venir à construire de belles cathédrales… ou se muer en redoutable chevalier croisé ! A ce sujet, l'exemple de l’apôtre Paul – avant sa conversion – est particulièrement significatif. Partisan farouche de la cause de Dieu, il était pourtant… un persécuteur convaincu, comme il le raconte lui-même : « J’étais aussi plein de zèle pour Dieu que vous l’êtes tous aujourd’hui. J’ai persécuté jusqu’à la mort » (Actes des Apôtres 22.3-4, BFC). Pensant en toute sincérité travailler pour Dieu, il travaillait en fait contre lui !

Autant dire que Dieu n’approuve pas forcément tous ceux qui croient œuvrer pour lui comme de bons serviteurs. Mais alors, quelle est la condition première pour que le travail de l’homme soit pleinement agréé par le Divin ? La réponse est fort simple : il faut que ce travail soit accompli dans l’intention sincère de faire la volonté de Dieu. « Apprends-moi à faire ce qui te plaît, car tu es mon Dieu » (Psaume 143.10, BFC), « Je veux faire ta volonté » (Psaume 40.9), s’écriait autrefois le roi David. Même l’œuvre de Jésus-Christ sur la terre a été conforme en tout à la volonté de Dieu : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4.34), disait-il à ses disciples. A plus forte raison, les héritiers de ces derniers – les vrais chrétiens – sont appelés à discerner la volonté de Dieu, c'est d’ailleurs un impératif « pour entrer dans le Royaume des cieux » (Matthieu 7.21).

« On peut [résume le pasteur Jean-Claude Guillaume] avoir du zèle pour Dieu et travailler pour lui, sans pour autant être dans sa volonté. […] La motivation de notre activité pour Dieu peut n'être pas toujours pure. Cela peut être la recherche du plaisir personnel, la valorisation de soi-même (orgueil), un désir d'être accepté et reconnu, etc (4). »

Aussi, contrairement à l’activisme sans Dieu, le travail effectué selon les plans divins porte toujours ses fruits… pour la gloire de Dieu. Dans cette perspective, « travailler pour Dieu, c’est l’aimer et lui obéir, lui rapporter toutes choses, agir en priant, prier pour renouveler ses forces, chercher à étendre son règne, avoir sa gloire à cœur, le mettre en première ligne de toutes ses préoccupations, se préparer à paraître devant lui et à être mis en possession de l’héritage qu’il nous réserve dans les cieux. Quand on travaille pour Dieu, la vie a un noble but, chaque minute en est précieuse et employée, chacun de ses actes a son importance, tout est réglé, tout devient fécond (5). »

En fait, lorsque nous œuvrons pour Dieu – tout en étant dans sa volonté –, nous fonctionnons selon un schéma de collaboration fondé sur une logique divine de « co-évangélisation »… évidemment sans faille. Et dans cet esprit de partenariat, il est plus juste de dire que nous travaillons… avec Dieu.


Travailler avec Dieu

« De toutes les choses divines, la plus divine est de coopérer avec Dieu pour le salut des âmes » disait jadis Denys l’Aréopagite, merveilleuse sentence reprise par le cardinal Charles Journet dans son œuvre magistrale, L’Église du Verbe incarné (6). Tous les chrétiens sont en effet appelés à travailler avec Dieu, plus explicitement (selon l'ordre de mission général et permanent proclamé dans les évangiles), à prêcher « la bonne nouvelle à toute la création ».

« Dieu nous fait  la grâce de nous associer au travail qu'il fait sur la terre, dans l'annonce de l'Évangile […] Il confie des tâches, des missions, à des hommes et des femmes dont il fait ses  partenaires et à qui il donne la capacité et les dons appropriés à ce service. Dieu n'a pas confié aux anges la mission d'annoncer la bonne nouvelle dans le monde, ni de travailler à l'édification de son Église, mais à ceux qu'il a rachetés par le sang de son Fils Jésus (7). » Un mode opératoire qui, entre autres, nous porte à reconnaître humblement la sagesse divine… tellement distante de la sagesse humaine : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l’Eternel » (Esaïe 55.8).

Dans cette noble coopération, Dieu met réellement à notre disposition tous les moyens pour la mise en œuvre de son projet. Bien plus, pour que nous ne présumions pas de notre talent et ne nous attribuions pas à nous-mêmes nos « bonnes œuvres », il les a « préparées d’avance, afin que nous les pratiquions » (Ephésiens 2.10). « C’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire pour son projet bienveillant » (Philippiens 2.13).  « En renonçant au désir de retirer de la gloire de notre travail, nous deviendrons des collaborateurs utiles. Ne recherchons pas la louange des hommes, qui est de peu de valeur. Cherchons au contraire l’approbation de Dieu (8). »

D’autre part, il faut comprendre que nous ne sommes pas appelés à travailler de façon isolée. Les croyants doivent unir leurs différents dons en vue de l’avancement de la mission que leur a confiée le Christ. C’est aussi lui qui a accordé à chacun des dons particuliers pour l’édification de l’Eglise, « qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme bergers et enseignants » (Ephésiens 4.11). Dans sa première lettre, « Pierre décrit l’Eglise comme un temple vivant et spirituel. Christ en est le fondement et la pierre angulaire, et chaque croyant est une pierre. […] Une pierre n’est ni un temple, ni un mur […] Dans notre société individualiste, il est facile d’oublier notre interdépendance avec les autres chrétiens. Lorsque Dieu nous appelle à une tâche, souvenons-nous qu’il appelle d’autres personnes à travailler avec nous. Nos efforts individuels mis en commun seront multipliés. Cherchons nos partenaires et mettons-nous ensemble au travail (9). »

Nous sommes donc appelés à collaborer avec Dieu et à lui faire pleinement confiance, car il veut nous rendre participants de son œuvre. C'est un privilège que Paul apprécie à sa juste valeur lorsqu’il écrit : « Nous sommes ses coopérateurs » (2 Corinthiens 6.1, La Bible de Jérusalem), « Nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu » (1 Corinthiens 3.9).

Ainsi, dans sa dernière lettre, l’apôtre missionnaire encourage Timothée (pasteur de l’église d’Ephèse) – et tous ceux qui se réclament de Jésus-Christ – à transmettre avec enthousiasme la Parole de Dieu aux autres : « Prêche la parole, insiste en toute occasion, qu’elle soit favorable ou non, réfute, reprends et encourage » (2 Timothée 4.2). « Toute la Bible est traversée d'appels à ne pas se taire, à crier avec force, à annoncer la parole à temps et à contretemps, à être des sentinelles déchirant le silence de l'indifférence. Les routes qui s'ouvrent à nous aujourd'hui ne sont plus seulement celles sur lesquelles marchaient saint Paul ou les premiers évangélisateurs et, après eux, tous les missionnaires qui s'avancent vers les peuples en des terres lointaines. La communication, de nos jours, s'étend en un réseau qui enveloppe le globe en son entier. Et l'appel du Christ acquiert une nouvelle résonance (10). »

Mentionnons juste cet autre passage extrait du Nouveau Testament... suffisamment persuasif pour convaincre les croyants de la nécessité d’annoncer la bonne nouvelle à ceux qui ne la connaissent pas : « Quiconque fera appel au Seigneur sera sauvé. Mais comment feront-ils appel à lui sans avoir cru en lui ? Et comment croiront-ils en lui sans en avoir entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler si personne ne l'annonce ? » (Romains 10.13-14, BFC).

« Malheureusement, la plupart d’entre nous ne communiquent pas leur foi, leur espérance. C’est dommage pour ceux à qui nous pourrions apporter le message du Christ et préjudiciable pour le message lui-même. Pourtant, communiquer sa foi est un devoir pour le chrétien ! Mais le désir de communiquer atteint ses limites par la difficulté de communiquer. Souvent dans nos relations humaines, la peur de dévoiler nos pensées nous empêche de nous écarter de la banalité. C’est notamment le cas dans les rapports ordinaires et plus encore dans les rassemblements familiaux, réunions, assemblées où l’on craint de ne pas savoir transmettre ses idées ou débattre de sujet que l’on considère, à tort sans doute, comme personnel. Peur encore d’être incompris, critiqué ou moqué par des libres penseurs ou athéistes de façade ! Il est vrai que tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la religion est considéré comme un domaine réservé aux gens d’Eglise ou ses représentants. Il ne faut donc pas s’étonner de la réserve qui généralement restreint notre communication. Par contre, cette retenue est hautement dommageable pour la transmission du message du Christ (11) ! »

« Il est toujours aussi vital que les croyants répandent la bonne nouvelle. […] Prendre position pour Christ ou parler de son amour peut parfois nous mettre mal à l’aise, mais prêcher la Parole est la plus grande responsabilité confiée à l’Eglise et à ses membres. Dieu nous donne des occasions d’annoncer la bonne nouvelle : soyons prêts et ouverts afin de les reconnaître, puis saisissons-les avec courage (12). »

Si tous ceux qui se disent chrétiens se sentaient – selon la pédagogie de l’évangile – impliqués dans le processus d’évangélisation, l’Eglise chrétienne contemporaine ne serait pas en perte de vitesse en Europe et, plutôt que de la laisser à d’autres, trouverait certainement davantage sa place dans notre société moderne. Dick Eastman, président international de la CMM (mouvement international en marche pour apporter l’Evangile à chaque foyer de la terre) rejoint ici notre propos : « Aucune église ne peut se développer en se contentant d’attendre que les gens viennent en son sein. Cela est impossible, de toute façon, dans la majeure partie des villages et des villes du monde en voie de développement, où il y a si peu d’églises. […] Si donc nous voulons développer une église dynamique, nous devons d’abord disposer de chrétiens “qui sortent“, c’est-à-dire qui sont prêts à quitter les limites de leur propre assemblée pour entrer en contact avec un monde qui souffre et qui attend. […] Dieu veut que ses enfants aillent au-dehors et manifestent l’amour de Christ partout où les gens souffrent. A l’instar du bon samaritain, qui s’est écarté de son chemin pour venir en aide à celui qui avait été cruellement frappé (voir Luc 10.30-35), nous devons nous écarter de notre chemin pour atteindre nos voisins (13). »

Non, les chrétiens ne doivent pas dévaluer l’importance du témoignage de leur foi. Toujours selon l’apôtre Paul, la fidélité à confesser – acte de foi par excellence – est même une condition pour parvenir au salut : « Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. En effet, croire dans ton cœur conduit à la justice et confesser de sa bouche conduit au salut » (Romains 10.9-10, TOB).

Nous terminons la deuxième partie de notre réflexion par ce beau texte du poète et philosophe franciscain Eloi Leclerc (frère d’Edouard qui créa les centres Leclerc) : « Le Seigneur nous a envoyés évangéliser les hommes. […] La tâche est délicate. Le monde des hommes est un immense champ de lutte pour la richesse et la puissance. Et trop de souffrances et d’atrocités leur cachent le visage de Dieu. Il ne faut surtout pas qu’en allant vers eux, nous leur apparaissions comme une nouvelle espèce de compétiteurs. Nous devons être au milieu d’eux les témoins pacifiés du Tout-Puissant, des hommes sans convoitises et sans mépris, capables de devenir réellement leurs amis. C’est notre amitié qu’ils attendent, une amitié qui leur fasse sentir qu’ils sont aimés de Dieu et sauvés en Jésus-Christ (14). »


Travailler avec Dieu… sans se substituer à lui !

Si en matière d'évangélisation, comme nous venons de le voir, la contribution humaine est primordiale dans le plan divin, en ce qui concerne son salut, l’homme ne saurait par contre coopérer en aucune manière avec Dieu.

Jésus-Christ a « tout accompli »

Pourtant, bon nombre de chrétiens (certes, profondément sincères et respectables) pensent qu’ils doivent collaborer à l’œuvre du salut en faisant des actions méritoires, mais ce n’est pas ce qui ressort des écrits de Paul : « C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie » (Ephésiens 2.8-9).

Cette tentative – bien humaine – de contribuer à son propre salut est totalement inutile. Pire, elle annule « l’efficacité » du sacrifice du Christ, autrement dit, c’est une insulte à la grâce de Dieu ! On peut aussi se référer au texte de Galates 5.4, particulièrement explicite : « Si vous voulez gagner l'approbation divine par vos efforts et vos œuvres, vous vous coupez de la communion avec Christ, vous quittez le domaine de la grâce de Dieu » (Parole vivante par Alfred Kuen).

Cela dit, que penser de l’enseignement de l’apôtre Jacques lorsqu’il dit « que la foi sans les œuvres est inutile » (Jacques 2.20) ? Son exhortation ne s’oppose-t-elle pas au message de Paul ? Non, au contraire, l’action du croyant est la démonstration de sa foi, son prolongement, sa forme. On pourrait dire qu’il fait des œuvres non pour être sauvé, mais parce qu’il est sauvé ! Et ces actions-là ne s’apparentent plus à des mérites.

Ainsi, l’homme est absolument incapable de contribuer à son salut. Personne ne peut en effet prétendre collaborer à l'œuvre de rédemption du Christ – parfaite et pleinement suffisante pour apporter le salut à tous – car cela reviendrait à se substituer présomptueusement à lui. La vie éternelle est véritablement un don de Dieu (Romains 6.23) et nul ne peut l’acquérir par ses œuvres si belles soient-elles !

Le rôle de la grâce a souvent été minimisé

Entre autres faits saillants, toute l'histoire de l'Eglise témoigne d’une lutte constante entre ceux qui – s'appuyant notamment sur les écrits pauliniens – défendent l'exclusivité de la grâce dans le salut de l'être humain et ceux qui, sous-estimant le rôle de cette dernière, affirment que le salut nécessite la coopération de l’homme.

Pélage (v. 360 - v. 422), hérésiarque originaire de Bretagne romaine, est l’un des premiers à nier le péché originel et la nécessité de la grâce divine. Mettant l’accent sur les forces du libre arbitre, il considère que l’homme est capable de déterminer ce qui est bien et ce qui est mal, et qu’il peut prétendre obtenir le salut par ses œuvres. Après avoir été combattu avec vigueur par Augustin, le pélagianisme se voit officiellement condamné par le Concile œcuménique d'Éphèse en 431.

Cela n'empêche pas la naissance – au cours du Ve siècle – d’une nouvelle hétérodoxie que l’on appellera plus tard semi-pélagianisme car représentant un compromis entre la position d’Augustin et celle de Pélage. Pour les tenants de cette option, l’homme est à même de collaborer avec Dieu à l'œuvre de son salut. Ainsi, « dans cet humanisme, une distinction est faite entre le début de la foi qui est un acte de libre arbitre et la progression de la foi qui est œuvre divine. Cette doctrine fut, elle aussi, condamnée comme hérétique lors du deuxième Concile d'Orange en 529 (15). »

Malgré la condamnation de ces premières hérésies, on sait que l’Eglise catholique a toujours accordé une grande importance aux œuvres méritoires, voire surérogatoires. Depuis très longtemps, certains croyants voudraient même attribuer à Marie un rôle parallèle (pour ne pas dire concurrent) à celui du Christ, faisant d’elle la « corédemptrice ». Qui plus est, à l’image de Marie, d’aucuns pensent que chaque homme est appelé à devenir un « corédempteur » ! Termes par trop audacieux puisque impliquant une collaboration humaine à l'œuvre parfaite de rédemption accomplie par Jésus-Christ, « une fois pour toutes » (Hébreux 10.10).

Notons cependant avec le théologien catholique Hendro Munsterman que « parmi tous les titres que la tradition chrétienne a attribués à la mère de Jésus, celui de “corédemptrice“, né au XVe siècle, connut ses heures de gloire dans la première moitié du XXe siècle, mais fut délibérément abandonné par le concile Vatican II (16). » Soit dit en passant, depuis ce dernier concile – avec l’accent mis sur l’importance de la Bible, sur la grâce divine unique source de salut et sur le retour du Christ –, nous avons suffisamment de raisons de croire que l’Eglise romaine puisse espérer s’attirer les sympathies du monde chrétien non catholique.

La notion d’activité corédemptrice n’a pas de fondement biblique

Comme nous l’avons remarqué précédemment, l’apôtre Paul est clair dans ses écrits et écarte fermement toute idée de « synergisme » en matière de salut. Néanmoins à ce propos, il faut souligner le passage suivant – quelque peu mystérieux – de sa lettre aux Colossiens sur lequel s’appuient généralement ceux qui soutiennent que leurs souffrances peuvent avoir une valeur expiatoire en venant se surajouter à celles du Christ et ainsi, « achever » et « parfaire » son œuvre de rédemption de l'humanité : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous, et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Eglise » (Colossiens 1.24). Comment comprendre cette affirmation de Paul ? Que manque-t-il aux souffrances du Christ ? Ce verset peut-il en définitive donner raison à ceux qui prétendent pouvoir compléter son œuvre par leurs efforts ou leurs souffrances ?

Laissons le pasteur Paulin Bédard, spécialiste des Saintes Ecritures, nous donner une réponse à ces questions : « Du point de vue de sa fonction sacerdotale, les souffrances du Christ durant sa vie sur terre et particulièrement sur la croix sont terminées. Elles sont complètes et parfaites pour nous assurer pleinement notre pardon et notre rédemption. Que personne n’ose prétendre ajouter quelque chose à ses souffrances expiatoires ! […] Cependant, du point de vue de sa fonction prophétique, les souffrances du Christ durant son ministère public n’étaient pas complètes. Il fallait que Jésus prolonge sa fonction prophétique par le biais du ministère de ses apôtres. […] C’est justement de cela dont il est question dans notre passage. Pour que l’Evangile soit annoncé à toute créature et se propage au monde entier, il fallait que Paul soit envoyé auprès des païens afin de faire passer la bonne nouvelle de Jésus-Christ du monde juif au monde grec et païen. Pour cela, il fallait que Paul souffre beaucoup pour l’Eglise et pour cet Evangile. […] Paul a complété la fonction prophétique du Christ et non sa fonction sacerdotale (17). »

Et Paulin Bédard de poursuivre : « Qu’en est-il de nous ? […] Est-ce que nous partageons quelque chose de la fonction prophétique de Jésus-Christ ? Oui, certainement ! Nous sommes des prophètes, nous aussi. […] A ce titre, nous sommes appelés à souffrir pour l’Evangile. […] Le mandat missionnaire confié aux apôtres et à l’Eglise n’est pas encore complété. […] Il reste beaucoup de travail à faire, aussi bien pour annoncer l’Evangile au monde qui ne connaît pas Jésus-Christ que pour continuer d’annoncer l’Evangile dans l’Eglise. […] Ainsi donc, en aucune façon nos souffrances n’ajoutent quoi que ce soit aux mérites propitiatoires de Jésus, mais nos souffrances peuvent servir au bien de l’Eglise […] et à l’avancement de l’Evangile (18) ! »


En conclusion

Nous voulons rappeler encore une fois que nous sommes non seulement invités à travailler pour Dieu selon sa volonté, mais à travailler avec lui dans un esprit d'obéissance et de confiance. En réalité, c'est en reconnaissance de la gratuité de sa grâce que nous devons coopérer avec lui… pour transmettre sa Parole aux autres afin qu’eux aussi puissent bénéficier de son œuvre de salut à travers le Christ.

Comme nous l'avons observé dans ses écrits, l’apôtre Paul montre qu'il a parfaitement bien compris l'objectif de son partenariat avec Dieu. C’est pourquoi nous lui laissons le mot de la fin : « Soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur » (1 Corinthiens 15.58)… « et malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » (1 Corinthiens 9.16) !

 
Claude Bouchot
 
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1. Catéchisme de l’Eglise catholique, « Le péché », Paris : Mame / Plon, 1992, p. 392.
2. Moralistes français : Pensées de Blaise Pascal – Maximes de La Rochefoucauld – Les caractères de La Bruyère, Paris : Didot, 1841, p. 203.
3. L.-A. Maugendre, La renaissance catholique au début du XXe siècle, Paris : Beauchesne, 1964, p. 176.
4. Jean-Claude Guillaume, Travailler avec Dieu, « Top Messages », Site Top Chrétien, [En ligne] http://topchretien.jesus.net/, (consulté en juillet 2012).
5. Société des traités religieux de Paris, Vol. 4, traité n° 222, Paris : Dépôt de la Société, 1852, p. 8.
6. Charles Journet, L'Eglise du Verbe incarné - La structure interne de l’Eglise, Vol. 2, Saint-Maurice : Editions Saint-Augustin, 1999, p. 566.
7. Léopold et Yvonne Guyot, Ouvriers avec Dieu, « Etudes », site Pasteurweb, [En ligne] http://www.pasteurweb.org/, (consulté en juillet 2012).
8. Extrait d'une note de la Bible d'étude Vie Nouvelle, Version Segond 21, p. 396, Copyright © 2004 Société Biblique de Genève, Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés.
9. Ibid., p. 591.
10. Texte intégral du message du Synode sur la Parole de Dieu, Article publié le 24-10-2008, Site de l’agence d'information catholique ZENIT, [En ligne] http://www.zenit.org/ (consulté en juillet 2012).
11. René Ferré, communication personnelle, 23 mai 2004.
12. Extrait d'une note de la Bible d'étude Vie Nouvelle, op. cit., p. 536.
13. Dick Eastman, Au-delà de toute imagination, Paris : Décision - 7ICI, 1999, p. 71-72.
14. Eloi Leclerc, Sagesse d'un pauvre, Paris : Les Editions Franciscaines, 1959.
15. L’encyclopédie libre Wikipédia, Semi-pélagianisme, [En ligne] http://www.wikipedia.org/ (consulté en juillet 2012).
16. Hendro Munsterman, Marie corédemptrice ?, Paris : Cerf, 2006, 4me de couverture.
17. Paulin Bédard, Souffrir pour l’Église !, « Catégorie Autres », site de l’Eglise Chrétienne Réformée de Beauce, Canada, [En ligne] http://beauce.erq.qc.ca/, (consulté en juillet 2012).
18. Ibid.
 
 
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