Tous pécheurs, mais tous appelés au salut !
 
 

Dans l’épître aux Romains, l’apôtre Paul, tout en décriant la détresse de l’humanité, rappelle l’universalité du péché… avant de mettre en relief la nécessité du salut apporté par Jésus-Christ à tous ceux qui acceptent de se soumettre à l'influence de l’action divine. Essayons modestement d'aborder ces thématiques à la lumière de l’Ecriture.


Il n'y a pas d'homme juste

Dans un premier tableau du chapitre 3 de l’épître en question, Paul insiste en effet sur la solidarité qui nous lie au premier homme : « Il n'y a pas d'homme juste, pas même un seul, il n'y a personne qui comprenne, personne qui recherche Dieu. Tous ont quitté le bon chemin, ensemble ils se sont égarés. Il n'y a personne qui fasse le bien, pas même un seul. Leur gorge est comme une tombe ouverte, leur langue leur sert à tromper, c'est du venin de serpent qui sort de leurs lèvres, leur bouche est pleine de malédictions amères. Ils courent à toutes jambes pour assassiner, ils laissent la destruction et le malheur partout où ils passent, ils n'ont pas connu le chemin de la paix. Ils vivent sans aucune crainte de Dieu » (Romains 3.10-18 BFC).

Certes, « l’apôtre [tempère le théologien suisse Frédéric Godet], en traçant ce tableau qui n’est qu’un assemblage de coups de pinceau dus à la main des psalmistes et des prophètes, ne veut certainement pas dire que chacun de ces traits se trouve également développé dans chaque homme. Quelques-uns, la plupart même, peuvent rester à l’état latent chez un grand nombre de personnes ; mais ils existent tous en germe dans l’égoïsme et dans l’orgueil naturels du moi, et la moindre circonstance peut les faire passer à l’état actif, parce que la crainte de Dieu ne domine pas le cœur. Telle est la cause de la condamnation divine qui pèse sur le genre humain (1). »

Pourtant, dès les premières pages de la Bible, il est question d’un monde paradisiaque – ramené aux dimensions d’un verger où tout est parfait et harmonieux – dans lequel Dieu établit l’homme. Qui plus est, ce dernier dispose d’une entière liberté… même celle de douter de l'amour de son Créateur et de se séparer de Lui ! Cependant, il sait que la pérennité de son bonheur dépend de sa totale obéissance à la volonté de Dieu qui lui a fait cette recommandation : « Tu peux manger les fruits de n’importe quel arbre du jardin, sauf de l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Le jour où tu en mangeras, tu mourras » (Genèse 2.16-17, BFC).

Hélas, on peut constater que les humains ont toujours fait un triste usage de leur liberté… à commencer par nos premiers ancêtres ! Dès que ceux-ci tournent le dos à leur Seigneur en consommant du fruit de l’arbre interdit, l’accès à l’arbre de vie leur est interdit et ils sont chassés du paradis terrestre. Nous trouvons ce récit bien connu dans le troisième chapitre de la Genèse qui évoque aussi les conséquences de cette chute originelle.

« Expulsés du jardin, Adam et Eve ont cessé d’entretenir avec Dieu une communion spontanée [observe le théologien Georges Stéveny]. Leur nature intime a été affectée par le péché. […] Désormais, la vie transmise est hypothéquée : elle s’écoule vers la mort. Tout nouveau-né est un condamné à mort en sursis. L’homme accède à l’existence, séparé de Dieu, sans lequel il ne peut pas vivre. […] Les hommes sont tous pécheurs et naturellement esclaves du péché (2). »

A propos du péché originel, notons également cette remarque judicieuse de François Bonifas, ancien professeur de la Faculté de théologie protestante de Montauban : « Adam est seul responsable de sa faute ; elle ne peut nous être ni imputée, ni transmise. Ce qu’il nous transmet, c’est la déviation morale, la disposition vicieuse qui est le résultat de son acte coupable. Nous naissons tous pécheurs, non pas en ce sens que nous avons déjà péché, mais en ce sens que nous portons en nous le germe du péché, qui se développera infailliblement. Et ce germe du péché est déjà une souillure et une cause suffisante de séparation entre Dieu et nous (3). »

L’extrait suivant de la même épître résume bien cette réalité évidente… qui, hélas, ne cesse de s'affirmer de jour en jour : « C'est pourquoi, comme par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché » (Romains 5.12) !

Pour autant, si cette solidarité est un fait et « peut nous paraître lourde à porter lorsque nous pensons à l’héritage de péché et de mort laissé par Adam, elle doit nous paraître merveilleuse et nous pousser à la louange lorsque nous comprenons qu’en Jésus-Christ le même principe nous introduit dans la sphère de la grâce et de la vie (4) ». Il s’agit là de l’autre tableau – merveilleux – que nous présente en contrepartie le troisième chapitre de cette épître.


Le salut est offert à tous

Après avoir souligné l’universalité du péché, Paul montre la nécessité d’une intervention divine et explique comment Dieu, par amour pour ses créatures vouées à la perdition éternelle, leur accorde une grâce, son Fils prendra leur place en acceptant la mort la plus atroce – celle de la croix – afin de payer le prix de leurs transgressions : « Tous, en effet, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ; et c'est gratuitement qu'ils sont justifiés par sa grâce, au moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ » (Romains 3.23-24).

La grâce de Dieu est un concept tellement inouï qu'il dépasse l'intelligence humaine, à tel point que beaucoup d'hommes l'acceptent difficilement. Pourtant, l'Ecriture ne cesse de souligner cet attribut divin qui est en fait le thème principal de l'Evangile (le mot grâce revient plus de 160 fois dans la Bible). La grâce est l'expression de l'amour de Dieu envers ses créatures (Jean 3.16). Si à cause du péché tous les hommes méritent la mort, à tous cependant est offerte la grâce d’un Dieu aimant... la dette de chacun a déjà été payée par Jésus-Christ, c'est la bonne nouvelle de l'Evangile !

Toujours dans cette épître aux Romains, Paul nous offre aussi un superbe parallèle entre Satan qui sème la mort et le Christ qui offre gratuitement la vie éternelle : « Car si par un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a régné, à plus forte raison, par le seul Jésus-Christ, régneront-ils dans la vie ceux qui reçoivent l’abondance de la grâce et du don de la justice. Bref, comme par la faute d’un seul, ce fut pour tous les hommes la condamnation, ainsi par l’œuvre de justice d’un seul, c’est pour tous les hommes la justification qui donne la vie. De même en effet que, par la désobéissance d’un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse, de même aussi, par l’obéissance d’un seul, la multitude sera-t-elle rendue juste » (Romains 5.17-19, TOB). Autrement dit, si aux yeux de Dieu, tous les hommes sont intrinsèquement coupables, car solidaires du premier Adam, en revanche tous également – par la solidarité avec Jésus – peuvent bénéficier de l'œuvre du salut divin.


En résumé

Le salut est offert à tous, sans exception, il suffit seulement de croire en Dieu et de prétendre au bénéfice des effets de l’œuvre rédemptrice de son Fils, Jésus-Christ. Acte de foi qui certes relève de la liberté de conscience de chacun, cependant nécessaire pour le salut : « En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Romains 10.13). Finalement, quel réconfort de savoir que n’importe qui peut être sauvé en saisissant cette grâce divine – ce don immérité –, seule « source de salut pour tous les hommes » (Tite 2.11). Par sa mort et sa résurrection, le Christ a donc sauvé toute l’humanité. Cette bonne nouvelle a bouleversé la vie de ses disciples avant que ceux-ci – et leurs successeurs – la propagent dans le monde entier.

 
Claude et Karin Bouchot
 

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1. Frédéric Godet, Commentaire sur l'épître aux Romains, ThéoTeX, 1883, p. 301.
2. Georges Stéveny, Le mystère de la croix, Dammarie-lès-Lys : Vie et Santé, 1999, p. 49, 172.
3. François Bonifas, Histoire des dogmes de l'église chrétienne, Paris : Fischbacher, 1886, p. 192.
4. Richard Doulière, La justice qui fait vivre, Neuchâtel : Belle rivière, 1975, p. 87-88.

 
 
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