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La résurrection, fondement de l'espérance chrétienne
 
 

« La résurrection est une idée toute naturelle ; il n'est pas plus étonnant de naître deux fois qu'une (1) » (Voltaire).

« La certitude de la résurrection fonde l’Eglise (2) » (Suzanne de Diétrich).

 
 

Par rapport à l’espérance de l’Ancien Testament, l’espérance du Nouveau Testament – ouverte par la résurrection du Christ – se présente comme quelque chose d’inédit et d’une grandeur inouïe. Comme le fait remarquer le théologien dominicain Michel Gourgues, « ce qui est radicalement changé, c’est le fondement de cette espérance. Celle-ci ne s’appuie plus sur un enseignement, mais sur un événement. On ne se réfère plus d’abord aux quelques indications furtives […] sur l’après-mort, que Jésus a pu glisser ici où là, dans le feu d’une controverse ou en marge d’une parabole. On se réfère désormais à ce que la foi proclame comme sa certitude de base : ”Christ est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures” (1 Corinthiens 15.4) (3) ».

L’authenticité de la résurrection du Christ est prouvée par les nombreux témoignages des apôtres. Ce fait est la preuve éclatante de sa divinité. La résurrection du Christ est l’événement fondateur de la foi des premiers chrétiens et le principal stimulus de leur espérance… car elle préfigure la résurrection des morts. Pourtant, hélas, cette belle espérance chère à la chrétienté primitive a pour la plupart de nos contemporains perdu de sa crédibilité ! Il convient maintenant d’aborder ces différents thèmes.


La résurrection du Christ, une réalité historique

Bien que la résurrection de Jésus n’ait « pas eu de témoin immédiat » et qu’on ne puisse donc pas avoir de preuves historiques aussi convaincantes que celles de sa mort, il faut bien admettre avec le théologien catholique Bernard Sesboüé qu’ « il existe des preuves historiques certaines que des hommes ont témoigné de cette résurrection, parce qu'ils y ont cru. […] L'événement de la résurrection de Jésus […] est l'expression d'un acte de foi qui inclut en lui un jugement raisonnable de crédibilité. […] Le témoignage des apôtres constitue un ensemble de traces accessibles à la méthode historique. […] Cet événement est encore historique par les traces durables qu'il a laissées dans l'histoire. Pensons au vaste mouvement de ceux qui à travers vingt siècles ont cru et croient au ressuscité et font de la résurrection de Jésus le fondement de leur existence (4) ».

« Si l’on part du présupposé que Dieu existe [écrit le pasteur Bruno Gaudelet], qu’il s’est manifesté dans l’histoire des hommes, que sa manifestation est nécessairement “sur-naturelle” (c’est-à-dire qui dépasse le monde naturel), les récits évangéliques concernant la résurrection ne sont pas du tout invraisemblables. Au reste, n’oublions jamais que les apôtres sont morts pour avoir juré jusqu’au bout qu’ils avaient vu Jésus ressuscité, qu’ils lui avaient parlé, et pris des repas avec lui. […] Ainsi, c’est avec respect que le croyant reçoit leur témoignage, scellé de leur sang, dans la conviction de leur sérieux et de leur fiabilité (5). »

Pareillement, le théologien protestant Charles-Edouard Babut souligne que « la principale preuve de la résurrection de Jésus-Christ est fournie par le témoignage des apôtres, des évangélistes et, en général, des premiers disciples de Jésus. Ces témoins ne peuvent pas s’être fait illusion. Encore moins les témoins de la résurrection de Jésus peuvent-ils être soupçonnés de mensonge. Le caractère moral des apôtres, leur accent de conviction, les railleries et les persécutions que leur attirait la prédication d’un Messie mort et ressuscité, écartent absolument toute supposition de ce genre. Autant les témoins sont dignes de foi, autant les témoignages qu’ils ont rendus à la résurrection de Jésus, objet principal de leur foi et de leur prédication, sont clairs, explicites, unanimes sur les points essentiels (6) ».

C’est ce que confirme Jean-Pierre Torrell, dominicain et professeur émérite à la faculté de théologie de l’Université de Fribourg en Suisse : « La résurrection comme telle n’a pas eu de témoins, mais les apparitions du Ressuscité en ont eu, et c’est d’elles que les origines de la foi chrétienne reçoivent leurs coordonnées historiques (7). »

En effet, après sa résurrection Jésus est apparu – en divers lieux – à de nombreuses personnes, notamment à Marie de Magdala et l’autre Marie (Matthieu 28.9), aux disciples, Thomas étant absent (Jean 20.19-20), aux disciples, Thomas étant présent (Jean 20.26-27), à sept apôtres au bord de la mer de Galilée (Jean 21.1-14), aux deux disciples d’Emmaüs (Luc 24.13-31), à plus de cinq cents frères à la fois (1 Corinthiens 15.6), à Pierre (1 Corinthiens 15.5), à Jacques (1 Corinthiens 15.7).

Notons que l’Ecriture fournit encore bien d’autres preuves convaincantes – que nous ne pouvons développer ici, par contre suffisamment analysées par ailleurs – de la résurrection du Christ. Mais l’authenticité de cette dernière est avant tout prouvée par les nombreux témoignages des apôtres, qu’aucune critique ne saurait anéantir : « Devant ces témoignages, il est impossible d’interpréter la Résurrection du Christ en-dehors de l’ordre physique, et de ne pas la reconnaître comme un fait historique (8) » affirme sans réserve le Catéchisme de l’Eglise catholique. « Le Seigneur est réellement ressuscité » (Luc 24.34) !


La résurrection du Christ, preuve de sa divinité

La résurrection confirme la filiation divine de Jésus. On trouve à ce propos dans la Bible – plus précisément dans les premières lignes de la Lettre aux Romains – une citation suffisamment probante : « Cette Bonne Nouvelle que j’annonce, Dieu l’a promise il y a déjà bien longtemps par ses prophètes, dans les Saintes Ecritures. Elle parle de son Fils : par sa nature humaine, il descend de David, mais sa résurrection d’entre les morts a manifesté avec éclat en lui le Fils tout-puissant de Dieu, doté de la nature et de la sainteté divines » (Romains 1.2-4, Parole vivante par Alfred Kuen).

Pour Bernard Sesboüé (déjà cité), la résurrection « prend valeur de signature divine de l'itinéraire humain de Jésus. […] La résurrection sera reçue dans l'Eglise comme la grande preuve de la divinité de Jésus, puisque celui-ci avait revendiqué cette filiation et qu'elle se trouve confirmée (9) ». Le théologien protestant suisse Emil Brunner ne tient pas un autre langage : « Dieu, par la résurrection de Jésus, a fait briller et transparaître la filialité divine du crucifié (10). »

La résurrection du Christ – qu’il avait lui-même prédite (Matthieu 16.21, 17.9, 17.23, 20.19, 26.32, 27.63) – est le témoignage de la toute-puissance de Dieu et de sa souveraineté absolue sur la vie et sur la mort. De par sa filiation divine, Jésus a pu dire : « Je suis la résurrection et la vie » (Jean 11.25).


De qui la résurrection du Christ est-elle l'œuvre ?

Le Nouveau Testament nous apprend que la résurrection du Christ est l'œuvre de Dieu (Actes 2.24, Romains 8.11, 1 Corinthiens 6.14, 2 Corinthiens 4.14, Galates 1.1, Ephésiens 1.20, 1 Pierre 1.21, pour ne citer que ces passages). « Le Père est à l'origine de l'action ressuscitante, l'Esprit en est l'agent [reconnaît l’exégète catholique François-Xavier Durrwell]. Ici et ailleurs, l'Esprit se manifeste comme la puissance ouvrière de Dieu dans son œuvre à la fois de création et de salut. […] ”Dieu l'a ressuscité”, tel est le cri pascal de l'Eglise, cri de son étonnement (11). » Ainsi, pour les chrétiens, Dieu est celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts.

Pourtant, certains théologiens – s’appuyant sur deux textes bibliques (Jean 2.19 et 10.17-18) – pensent que Jésus se serait ressuscité lui-même. Sur ce point, laissons le professeur de théologie Georges Stéveny nous donner son avis : « L’enseignement de Jésus témoigne d’une relation unique avec Dieu, sans jamais compromettre l’intégrité de sa nature humaine. Son incarnation engendre une authentique dépendance. […] Quand Jésus affirme son droit de reprendre sa vie [Jean 10.17-18], il ne vise pas le pouvoir de se ressusciter une fois mort, mais la raison que sa conduite offre à Dieu d’intervenir pour le relever d’entre les morts. Sa résurrection prend dès lors toute sa valeur, sans nous contraindre à recourir à des raisonnements fumeux qui mettraient en question l’intégrité de son humanité (12). »


La résurrection du Christ, noyau de la foi chrétienne

Dans le Nouveau Testament, la résurrection du Christ est considérée comme un fondement de la foi chrétienne : « Je vous ai transmis avant tout le message que j’avais moi aussi reçu : Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures ; il a été enseveli et il est ressuscité le troisième jour […]. Ensuite, il est apparu à Céphas, puis au douze. Après cela, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Après eux tous, il m’est apparu à moi aussi » (1 Corinthiens 15.3-8). Ainsi, dans ce kérygme (énoncé premier de la foi) que Paul dit avoir reçu, on remarque que la résurrection est le point essentiel sur lequel l’apôtre insiste.

Afin de réfuter les nombreuses doctrines hétérodoxes menaçant le christianisme des premiers siècles, le kérygme est complété lors du concile de Nicée en 325 pour devenir finalement – après avoir subi quelques retouches à l’issue du premier concile de Constantinople en 381 – un exposé de foi reçu par tous. Trop souvent, on omet de le souligner, le Symbole de Nicée-Constantinople – première profession de foi considérée comme œcuménique – rassemble toujours l’ensemble des croyants des trois grandes confessions chrétiennes (catholicisme, orthodoxie et protestantisme). Tel un noyau de vérité, il ramène à l'essentiel de la foi chrétienne… et notamment à son élément central, la résurrection !

En dépit de ce credo commun à tous les chrétiens, force est de constater que dans l'histoire de la théologie chrétienne, la résurrection du Christ n’a pas toujours tenu une place primordiale. « Pendant des siècles [observe Michel Deneken, ancien doyen de la Faculté de théologie catholique de Strasbourg], la prédication chrétienne s'est prioritairement intéressée à la mort de Jésus, présentée comme la source du salut pour les hommes. Ce faisant, le christianisme a hypertrophié cette mort jusqu'à reléguer la Résurrection au second plan. Le crucifix a éclipsé le Ressuscité. […] En revenant à l'Ecriture et en relisant les Pères de l'Eglise, la théologie contemporaine remet en évidence que le mystère du salut se fonde sur la Passion et la Résurrection comme sur deux événements indissociablement liés. Sans la résurrection, la mort du crucifié n'aurait pas ouvert l'espérance chrétienne (13). » Roland Meyer, docteur ès sciences religieuses, fait le même constat : « A force de contempler la croix, le chrétien a fait du christianisme une religion morte. […] C’est la résurrection de Jésus qui donne tout le sens à sa mort (14). »

Eminent spécialiste en la matière et ancien professeur de l'Université catholique de Lyon, Christian Duquoc relève à ce propos qu’ « au XVIe siècle, un Luther annoncera la croix et la résurrection de Jésus comme l’événement premier du salut » et qu’ « on doit au XXe siècle d’avoir rendu à la résurrection de Jésus sa place centrale dans l’exposé ordonné du mystère chrétien (15) ».

Dans cette prise de conscience récente de la vraie signification de la résurrection du Christ, il faut reconnaître que l’ouvrage – La résurrection de Jésus, mystère de salut, 1950 – de François-Xavier Durrwell (déjà cité) a joué un rôle non négligeable. Voici à ce sujet, une observation de cet auteur bien connu, empruntée à son livre… de nombreuses fois réédité et traduit : « II fut un temps pas tellement éloigné de nous où la théologie dissertait de la rédemption du Christ Jésus sans faire mention de sa résurrection. […] Bref, la résurrection du Christ était tronquée de sa signification profonde que préconisent les premiers messagers chrétiens et reléguée à la périphérie de l'économie de notre restauration. Carence regrettable dont la théologie de la rédemption devait sortir appauvrie. […] Tandis que, à longueur d'années, nous poursuivions nos méditations et recherches, le thème de la résurrection de Jésus s'est vu soudain placé au centre des préoccupations théologiques. Le retour légitime aux sources de la pensée chrétienne hâta la redécouverte de ce mystère (16). »

Le pasteur Emile Eldin a raison d’affirmer que « la résurrection de Christ est la pierre angulaire de tout l’édifice chrétien (17) ». La résurrection de Jésus est vraiment le plus grand miracle du christianisme. Puisqu’elle implique la nôtre comme nous allons le voir dans la section suivante, elle est donc (devrait être) le fondement essentiel de l’espérance chrétienne.


La résurrection du Christ, gage de notre résurrection future

La résurrection du Christ préfigure notre résurrection future : « Puisque nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, nous pouvons croire aussi que Dieu ramènera à la vie, par Jésus, ceux qui se sont déjà endormis dans la communion avec Jésus, pour être unis à lui » (1 Thessaloniciens 4.14, Parole vivante par Alfred Kuen) ; « Il est bien certain que le Christ est ressuscité des morts, il est réellement revenu à la vie. Il s’est relevé le premier d’entre les morts, précurseur de ceux qui se réveilleront un jour de leur dernier sommeil » (1 Corinthiens 15.20, Parole vivante par Alfred Kuen).

En d'autres termes, cette notion fondamentale « implique que le fait de la résurrection du Christ n’est pas quelque chose de refermé sur soi-même, mais s’étendra un jour à tous ceux qui appartiennent au Christ. Puisque notre future résurrection est l’extension aux hommes de la résurrection même du Christ, on comprend que la résurrection du Seigneur est le modèle de notre résurrection (18) ».

Ce lien capital entre la résurrection du Christ et l'espérance de la résurrection des morts est généralement déjà nettement perçu par les premiers chrétiens… sauf par certains croyants de l’église de Corinthe (influencés par l’anthropologie dualiste des philosophes grecs) qui ne croient pas en la résurrection physique.

C’est pour cela que dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul rappelle vertement à ceux-ci que la négation de la résurrection des morts entraîne forcément la négation de celle du Christ : « Si l’on prêche que Christ est ressuscité d'entre les morts, comment quelques-uns parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si Christ n'est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, et votre foi aussi. […] Si c’est pour cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Corinthiens 15.12-19).


La résurrection des morts

Jésus-Christ lui-même enseigne explicitement la doctrine de la résurrection des morts : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient – et maintenant elle est là – où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et ceux qui l'auront entendue vivront » (Jean 5.25, TOB) ; « Que tout ceci ne vous étonne plus ! L'heure vient où tous ceux qui gisent dans les tombeaux entendront sa voix, et ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection qui mène à la vie ; ceux qui auront pratiqué le mal, pour la résurrection qui mène au jugement » (Jean 5.28-29, TOB) ; « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jean 11.25, TOB).

De même dans la réponse de Jésus – rapportée par Matthieu, Marc et Luc – à la question des sadducéens sur la résurrection, à laquelle ils ne croient pas, on notera comment celui-ci rétablit la vérité en apportant magistralement les preuves de la résurrection des morts… tout en mettant l’accent sur la puissance de Dieu (Matthieu 22.23-33 ; Marc 12.18-27 ; Luc 20.27-40).
 
De leur côté, les apôtres argumentent dans le même sens. Ainsi, le chapitre 15 de la première lettre de Paul envoyée aux Corinthiens – que nous venons de citer plus haut – est dominé par le thème de la résurrection des morts. Notion également clairement nommée par ailleurs dans le Nouveau Testament, contentons-nous ici d'en indiquer les références bibliques : 1 Thessaloniciens 4.13-16 ; Philippiens 3.20 ; Actes 23.6, 24.15.

« La réponse chrétienne à la perplexité de l’homme contemporain, comme à l’homme de tous les temps, a pour fondement le Christ ressuscité, et elle est contenue dans l’espérance de la glorieuse résurrection future de tous ceux qui appartiennent au Christ. Ce sera une résurrection à l’image de celle du Christ lui-même (19). » « Réjouissez-vous dans l’espérance » (Romains 12,12), dit aussi Paul aux chrétiens.

Comme la résurrection du Christ, la résurrection des morts est – depuis deux millénaires – un article de foi fondamental de la confession chrétienne. Chaque jour de par le monde, à chaque liturgie, des milliers de fidèles affirment invariablement leur croyance en la résurrection des morts en récitant le Credo (de Nicée-Constantinople) qui « culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie éternelle (20) ».

A la résurrection des morts, l’espérance deviendra réalité. Cet événement extraordinaire marquera – pour les fidèles de tous les temps – le début d’une nouvelle vie (éternelle) en présence de Dieu.


Quand les morts ressusciteront-ils ?

Le texte de l’Ecriture associe la résurrection des morts au retour de Jésus, une attente qui commandait la vie des premiers chrétiens. Malheureusement, cette croyance est devenue une doctrine ésotérique ne concernant qu’une minorité de chrétiens qui, elle-même, semble s’être lassée d’en parler !

C’est vrai, aujourd'hui, curieusement, il n'est pas toujours de bon ton de parler du retour du Christ... même du haut de la chaire ! Pourtant, hormis la large place que la Bible lui réserve, cette doctrine cardinale fait partie intégrante des professions de foi de la chrétienté. « Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts » peut-on encore lire dans le Symbole de Nicée-Constantinople.

La parousie implique donc aussi la résurrection des morts afin que tous ceux qui ont accepté Jésus durant leur vie terrestre puissent finalement bénéficier de la vie éternelle promise. Quant à ceux qui se sont rebellés contre lui, on sait que le Christ lui-même a déclaré qu'ils ressusciteront aussi, mais pour recevoir le jugement de Dieu (Jean 5.28-29, déjà cité dans la section précédente).

Paul met bien en relief ce lien entre la résurrection des morts et la parousie du Christ : « Le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront d'abord » (1 Thessaloniciens 4.16).


Comment les morts ressusciteront-ils ?

Pour tenter de trouver une réponse à cette question, il nous faut revenir au chapitre 15 de la première lettre de Paul aux Corinthiens… d’où il ressort notamment l’idée d’une résurrection corporelle. De même, dans les dernières recommandations de sa première lettre aux Thessaloniciens, l’apôtre montre qu'il est fermement convaincu de cette résurrection corporelle : « Que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé dans son intégrité et dans la pureté afin que vous paraissiez nets et irréprochables lorsque notre Seigneur Jésus-Christ reviendra » (1 Thessaloniciens 5.23, Parole vivante par Alfred Kuen). 

Ce qui n'est pas sans stimuler notre espérance, Paul n’oublie pas de préciser également que le corps ressuscité revêtira « l’incorruptibilité » et « l’immortalité » (1 Corinthiens 15.53). « Ce n’est pas l’ancien corps terrestre, faible, mortel, corruptible, qui ressuscitera, mais un corps nouveau, glorieux, immortel, incorruptible, différent de celui qui est descendu au tombeau (21) » écrit Michel Gourgues, déjà cité au début de cet article.

Roland Meyer exprime la même conviction : « Le corps de la résurrection sera bien un corps, mais pas n’importe lequel. Un corps qui aura reçu des dimensions qui lui auront échappé jusque-là. La résurrection est bien exprimée par Paul en termes de résurrection somatique. Ce corps est qualifié de spirituel (1 Corinthiens 15.44). […] La notion de corps spirituel n’est nullement liée à celle de corps astral ou éthéré. Un corps spirituel, selon la conception paulinienne, est un être qui n’est plus victime de la maladie, du mal, de la souffrance et de la mort. C’est un corps revitalisé […] destiné à vivre ce nouvel état d’immortalité accordé à l’homme ressuscité, par Dieu lui-même (22). »

Le théologien luthérien Wilbert Kreiss pense de même : « A l'inverse de ce que prétendent la plupart des théologiens actuels, la Bible enseigne avec toute la clarté voulue que la résurrection finale sera une résurrection corporelle. […] C'est avec son corps matériel, mais glorifié, qu'il [Jésus-Christ] est monté au ciel. C'est avec des corps semblables au sien que les croyants ressusciteront et fêteront leur ascension. "Il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel" (1 Corinthiens 15.44). "Spirituel" ne veut pas dire immatériel, mais glorifié, soustrait au mode d'existence actuel, un corps qui, comme celui du Christ ressuscité, n'est plus assujetti aux lois de la nature (23). »

Les membres de la Commission théologique internationale constatent effectivement que certains théologiens contemporains ont du mal à saisir le réalisme de la résurrection… qu’ils soumettent à la critique ! Pourtant, fait remarquer la même CTI, « dès l’époque patristique, la profession de la résurrection est formulée d’une manière complètement réaliste. […] Cette confession garde présent le modèle qui nous a été offert dans le Christ. […] Jésus ressuscité a non seulement invité les disciples à le toucher […], mais il leur a montré ses mains et ses pieds pour qu’ils vérifient que “c’est bien moi“ (Luc 24.39). Cependant, il n’a pas repris dans sa résurrection son état de vie terrestre et mortel. Ainsi, tout en maintenant le réalisme en ce qui concerne la résurrection future, n’oublions surtout pas que notre vraie chair, dans la résurrection, sera conforme au corps glorieux du Christ (cf. Philippiens 3.21) (24) ». Et la CTI de poursuivre en conseillant d’ « éviter les exagérations, tant à cause d’une description excessivement physique que par une spiritualisation des évènements (25) ».

A vouloir trop spiritualiser la résurrection, ne risque-t-on pas d’en restreindre considérablement la portée historique et en conséquence de déprécier l’espérance chrétienne ? Pourquoi la vie future ne concernerait ainsi qu’une partie seulement de notre être (conception qui, comme nous venons de le voir, s’écarte de l’enseignement du Nouveau Testament)… en d’autres termes, pourquoi s’accommoder d’une espérance au rabais ?

Cela dit, un curieux paradoxe subsiste dans la prédication des Eglises traditionnelles : alors qu’ils sont censés adhérer à tous les articles fondamentaux de la foi chrétienne exprimés dans le Credo – particulièrement explicite au sujet de la résurrection des morts, comme nous l’avons vu –, on constate que la plupart des prédicateurs chrétiens osent rarement parler à leur auditoire de la résurrection des morts ! S’inscrivant plutôt dans la perspective d’une eschatologie déjà réalisée (cf. Ephésiens 2.4-7, Romains 6.1-11, Colossiens 2.12), tout juste, exhortent-ils leurs fidèles – au moment de Pâques – à devenir participants de la résurrection du Christ et à ouvrir leur cœur à l’espérance !

Pour ce qui est des passages bibliques mentionnés précédemment pouvant laisser croire à une évolution de la pensée de Paul concernant la résurrection, notons en passant avec Michel Gourgues (auquel nous sommes largement redevables) que l’apôtre « a seulement été amené à préciser […] un aspect particulier, à savoir le sort qui attend les croyants entre leur mort individuelle et la résurrection, que Paul n’a jamais cessé de situer à la fin des temps. Là où il faut reconnaître une évolution, c’est sur le moment de la parousie et donc de la résurrection. Non que Paul ait cessé d’attendre la venue du Seigneur. Mais il a dû envisager la possibilité qu’elle pourrait survenir plus tard qu’il ne l’avait d’abord pensé. Ce changement de perspective l’a conduit à valoriser ”l’aujourd’hui”, à souligner davantage l’aspect ”déjà réalisé” du salut et de l’union au Christ (26) ».


La plupart de nos contemporains ne croient pas à la résurrection des morts !

On peut se demander pourquoi si peu de personnes croient aujourd’hui à la résurrection des morts ? En effet, selon un sondage TNS Sofres/Logica publié par l'hebdomadaire Pèlerin, seulement 10 % des Français (13 % chez les catholiques) croient à celle-ci (27) !

Une autre conception en matière de « retour à la vie » triompherait-elle au sein du christianisme contemporain ? A ce propos (toujours selon le même sondage), 7 % des catholiques déclarent croire en la réincarnation (28) ! Comme les adeptes des religions orientales ou des philosophies empreintes d’orientalisme, de très nombreux chrétiens croient donc à la réincarnation !

Pourquoi cette croyance est-elle acceptée aussi facilement ? En fait, cette manière de penser si largement répandue aujourd’hui dans le monde fait suite à une autre croyance, essentielle et quasi générale qui remonte à des millénaires : la croyance en l’immortalité de l’âme. Sans l’adhésion à cette idée, il est impossible de croire en la réincarnation.

Or, on sait que cette notion d’immortalité de l’âme fait partie de l’enseignement officiel de l’Eglise catholique dont le catéchisme déclare : « Chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu – elle n’est pas “produite“ par les parents – ; elle [l’Eglise] nous apprend aussi qu’elle est immortelle : elle ne périt pas lors de la séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale (29). »

Bref, si pour beaucoup de chrétiens, les conceptions sur l’au-delà ressemblent étrangement à celles des tenants de la réincarnation, c’est essentiellement parce qu’elles reposent sur une base commune quant à la nature de l’homme : une vision dualiste qui dépeint l’homme comme un être composite formé d’un corps matériel, mortel et d’une âme immatérielle, immortelle.

Sans qu’il soit possible d’étudier ici toutes les raisons conduisant les chrétiens à accepter aussi facilement la réincarnation, on peut dire que la croyance en l’immortalité de l’âme y contribue avant tout ! Soulignons seulement que la réincarnation se présente comme une négation de la rédemption et de la résurrection. Aussi, l’Eglise catholique a toujours condamné explicitement cette conception païenne en totale contradiction avec le message évangélique.


En résumé

La résurrection du Christ – garantie absolue de la résurrection des hommes – se présente d'emblée comme le pivot de la foi chrétienne : « Jésus est ressuscité » (Matthieu 28.6) ! Si le Christ n’est pas ressuscité, la prédication chrétienne est vaine et l’espérance de la résurrection des morts… illusoire (cf. 1 Corinthiens 15.14) !

La résurrection de Jésus – qui implique donc la résurrection des hommes et leur nouvelle vie – est incontestablement l’évènement historique sur lequel se fonde l’espérance des croyants… dont le contenu est celui du dernier article du Symbole de Nicée-Constantinople. En proclamant ainsi l’attente de la résurrection des morts et de la vie éternelle, cette confession de foi exprime clairement le sens de l’espérance de l’Eglise primitive.

Pour sa part, Pierre rappelle à ses lecteurs que Dieu leur a donné une espérance vivante grâce à la résurrection de Jésus-Christ. C’est sur elle que les croyants construisent leur nouvelle existence dans l'au-delà : « Loué soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ. Dans son amour sans limites, il a eu compassion de nous et nous a fait naître de nouveau, en nous associant à la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour nous donner une espérance vivante » (1 Pierre 1.3, Parole vivante par Alfred Kuen). C’est seulement en prenant au sérieux la résurrection et en la plaçant au cœur de leur foi que les chrétiens retrouveront la vigueur de leur espérance.

Sur ce sujet de la résurrection, nous laisserons le mot de la fin au théologien et pasteur anglican Gerald Bray : « Il est vital pour les chrétiens, aujourd’hui, de sauver la résurrection de l’oubli théologique dont elle souffre et de lui rendre sa place centrale dans leur vie et leur témoignage. Trop souvent, nous nous arrêtons aux éléments extérieurs de l’événement et nous négligeons sa signification profonde. Que Dieu nous accorde la sagesse de redonner à cet aspect de la vérité sa juste place, afin que, avec l’Eglise universelle, nous puissions retrouver la joie et l’émerveillement qu’ont connus les disciples lors du premier dimanche de Pâques (30). »

 
Claude Bouchot
 
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1. Voltaire, Citation, Site Evene.fr, [En ligne] http://www.evene.fr/, (consulté en novembre 2013).
2. Suzanne de Diétrich, Le dessein de Dieu, Neuchâtel : Delachaux et Niestlé, 1948, p. 131.
3. Michel Gourgues, L’au-delà dans le Nouveau Testament, Paris : Cerf, 1982, p. 24.
4. Bernard Sesboüé, Y a-t-il des preuves historiques de la résurrection de Jésus ?, Article publié en avril 2012, Site Croire.com du groupe Bayard, [En ligne] http://www.croire.com/, (consulté en novembre 2013).
5. Bruno Gaudelet, « La résurrection du christ », La Revue réformée, mars 1999, n° 203.
6. Charles-Edouard Babut, La vérité chrétienne, Paris : La Cause, 1942, p. 110.
7. Jean-Pierre Torrell, Résurrection de Jésus et résurrection des morts, Paris : Cerf, 2012, p. 29.
8. Catéchisme de l’Eglise catholique, Paris : Mame / Plon, 1992, p. 142.
9. Bernard Sesboüé, Le sens de la résurrection de Jésus, Site Croire.com du groupe Bayard, [En ligne] http://www.croire.com/, (consulté en novembre 2013).
10. Emil Brunner, La doctrine chrétienne de l’Eglise, de la foi et de l’achèvement, Dogmatique – Tome III, Genève : Labor et Fides, 1967, p. 332.
11. François-Xavier Durrwell, La résurrection de Jésus, mystère de salut, 11e éd., Paris : Cerf, 1982, p. 70, 89.
12. Georges Stéveny, A la découverte du Christ, Dammarie-lès-Lys : Vie et Santé, 1991, p. 106, 121.
13. Michel Deneken, Interview CCC par Jean-Marie Kohler, 1999, Site Recherche plurielle, [En ligne] http://www.recherche-plurielle.net/, (consulté en novembre 2013).
14. Roland Meyer, Le retour à la vie, Dammarie-lès-Lys : Vie et Santé, 1997, p. 100-101.
15. Christian Duquoc, « Résurrection du Christ », Dictionnaire critique de théologie, Paris : Quadrige / PUF, 2007, p. 1212.
16. François-Xavier Durrwell, La résurrection de Jésus, mystère de salut, 2e éd., Le Puy - Paris : Xavier Mappus, 1954, p. 9-10.
17. Emile Eldin, Jésus et le prophète Esaïe, au point de vue messianique, thèse, Paris, 1891, p. 73, cité par Alfred Vaucher, L’Histoire du Salut, Dammarie les Lys : Vie et Santé, 1987, p. 223.
18. Commission théologique internationale, Quelques questions actuelles concernant l’eschatologie, document publié en 1992 avec l’autorisation du cardinal Joseph Ratzinger, président de la Commission, Site du Vatican, [En ligne] http://www.vatican.va/, (consulté en novembre 2013).
19. Ibid.
20. Catéchisme de l’Eglise catholique, op. cit., p. 212.
21. Michel Gourgues, op. cit., p. 57.
22. Roland Meyer, op. cit., p. 109.
23. Wilbert Kreiss, « La doctrine des choses dernières », Petite dogmatique luthérienne, [En ligne] http://www.egliselutherienne.org/, (consulté en novembre 2013).
24. Commission théologique internationale, op. cit.
25. Ibid.
26. Michel Gourgues, op. cit., p. 60.
27. Sondage TNS Sofres/Logica publié le 9 avril 2009 par l'hebdomadaire Pèlerin et repris par le journal La Croix à la même date dans un article de Nicolas Senèze intitulé « Seul un Français sur dix croit en la résurrection ».
28. Ibid.
29. Catéchisme de l’Eglise catholique, op. cit., p. 84.
30. Gerald Bray, « La crucifixion et la résurrection », La Revue réformée, mars 1998, n° 198.
 
 
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