Le peuple de Dieu, une minorité perpétuelle
 
 

« Ne vous laissez pas faire la loi par la multitude. Dieu est plus grand que la multitude. Ne vous dites pas : je suis un grain de sable, comment résisterais-je à cette tempête de l’opinion qui soulève et tourmente dans l’air cette poussière dont je fais partie ? Imperceptible grain de sable, vous pèserez comme un rocher, c’est-à-dire de tout le poids de la Vérité, sur ce terrain qu’emporte l’ouragan (1) » (Alexandre Vinet).

 
 

« Nous irons tous au paradis » chantait Michel Polnareff dans les années 70... renforçant l'idée populaire – toujours actuelle – selon laquelle Dieu est si complaisant et large d'esprit qu'il nous acceptera tous au ciel ! Ne nous méprenons pas cependant sur la plausibilité de cette affirmation souvent entendue mais tout à fait étrangère à la pensée divine. Il ne s’agit pas, bien sûr, de nier la bonté de Dieu (bonté n’excluant pas la justice, cf. Romains 11.22 et Nombres 14.18) mais de déplorer au contraire, le mauvais choix de ses créatures qui ont pour la plupart perdu la notion de la grandeur de Dieu.

La Bible pourtant atteste que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2.4). Par ailleurs, bien qu’elle ne nous donne pas tous les éléments du problème du mal, la révélation écrite enseigne que Dieu a créé l’homme libre : « Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal » (Deutéronome 30.15).

Respectant notre liberté – fruit de son vouloir – Dieu ne nous contraint pas à accepter son salut, mais nous invite par contre, à choisir le bon chemin pour avoir accès à la vie nouvelle : « Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Deutéronome 30.19).

Quel fut donc le choix des hommes dans le passé, qu’en est-il aujourd’hui et qu’en sera-t-il demain ? A la lumière de ce livre par excellence qu’est la Bible, nous allons découvrir, non sans étonnement peut-être, qu’en tout temps, seulement une minorité d’hommes et de femmes répondit, répond et répondra favorablement, de très nombreux textes le démontrant.


Le « faible reste d’Israël »

Il s’agit là d’une particularité dramatique de l’histoire d’Israël. Dans l’Ancien Testament, on trouve effectivement plus de 90 textes relatifs ou faisant allusion à cette minorité fidèle sauvegardée par Dieu, souvent appelée « le reste » ou « les réchappés » tandis que la majorité du peuple élu se singularisa par sa continuelle ingratitude. Faute de pouvoir citer ici toutes ces références, bornons-nous à relever quelques exemples remarquables.

Un des plus classiques est celui de Noé qui « était un homme juste et intègre dans son temps » et qui « marchait avec Dieu » (Genèse 6.9). C’est pour cela que Dieu lui dit : « Entre dans l’arche, toi et toute ta famille, car je t’ai vu seul juste à mes yeux parmi cette génération » (Genèse 7.1, La Bible de Jérusalem) et ainsi, d’une population humaine estimée à 700 millions d’êtres, 8 personnes seulement furent sauvées du déluge ! Mais cela n’empêche pas, une fois la terre repeuplée, que des cités entières se corrompent à nouveau. A l’époque où vivait Abraham, la minorité soumise à Dieu peut parfois se compter sur les doigts d’une main. C’est le cas de la famille de Lot (3 personnes en tout) qui sera épargnée de la destruction de Sodome et Gomorrhe (Genèse 19.15-26).

Avec Jacob et ses 12 fils, commence véritablement l’histoire d’Israël en tant que nation : la notion de reste se rapporte précisément à ce peuple élu. La Bible ne parlerait pas de reste si Israël avait continuellement gardé l’alliance. Au sujet du peuple d'Israël, voici ce qu’a pu déclarer le prophète Esaïe : « Même si les Israélites étaient aussi nombreux que les grains de sable au bord de la mer, c'est un reste d'entre eux seulement qui sera sauvé » (Romains 9.27, BFC). Ainsi hélas, bien que parfois il « craignît l’Eternel » (Exode 14.31), il s’agissait le plus souvent d’un « peuple au cou raide » (Exode 33.3), « porté au mal » (Exode 32.22), au sein duquel surgissaient couramment murmures, révoltes ou infidélités. Mais en raison de son amour pour ce dernier (malgré son ingratitude !) et afin de réaliser ses promesses, Dieu, après ses jugements, laissa toujours subsister « quelques réchappés », un « faible reste » (Esdras 9.8, Jérémie 44.14, Esaïe 1.9, Ezéchiel 6.8, Sophonie 3.12...).

Survivants fidèles mais franchement peu nombreux, on ne peut omettre de mentionner aussi l’exemple de Caleb et Josué qui, seuls, purent entrer dans la terre promise en récompense de leur foi et de leur fidélité contrairement à toute la génération obstinément rebelle qui, avec eux, fut condamnée à errer pendant 40 ans dans le désert. A plusieurs endroits, l’Ancien Testament rapporte cette décision de Dieu et notamment dans le livre des Nombres (14.29-30) : « Vous tous, dont on a fait le dénombrement [...] et qui avez murmuré contre moi, vous n’entrerez point dans le pays que j’avais juré de vous faire habiter, excepté Caleb [...] et Josué. » Signalons que « tous ceux dont on fit le dénombrement furent six cent trois mille cinq cent cinquante » (Nombres 1.46) et il s’agissait seulement des hommes en état de porter les armes. Encore une proportion qui a de quoi nous faire réfléchir d’autant plus qu’ici, elle concerne le peuple de Dieu !

Par contre, dans le Premier livre des Rois, à l’époque d’Elie, il est agréable de noter une minorité fidèle plus marquante : « Mais je laisserai en Israël un reste de sept mille hommes, tous ceux dont les genoux n’ont pas plié devant Baal » (1 Rois 19.18, TOB).

L’étude de la conduite religieuse des différents rois d’Israël et de Juda ayant régné à partir du schisme de 931 (avant J.-C.) ne fait que corroborer cette notion de minorité marchant avec Dieu. Ainsi, en ce qui concerne Israël, sur les 19 rois qui se sont succédés durant 210 ans, aucun n’a été fidèle excepté Jehu qui fit quelques efforts dans ce sens ! Pour le royaume de Juda qui dura environ 350 ans, 8 rois seulement sur 20 « firent ce qui est droit aux yeux de l’Eternel » mais sans toutefois (pour 6 d’entre eux) faire disparaître les « hauts lieux ».

Finalement – le Deuxième livre des Rois nous le démontre –, la tribu de Juda désignée comme étant le reste de l’héritage de Dieu ne méritait pas vraiment une telle distinction : « Aussi l’Eternel s’est-il fortement irrité contre Israël, et les a-t-il éloignés de sa face. Il n’est resté que la seule tribu de Juda. Juda même n’avait pas gardé les commandements de l’Eternel » (2 Rois 17.18-19). Plus loin, l’auteur nous dit que les fautes de Juda, au temps déplorable du roi Manassé, dépassèrent même celles des nations païennes (2 Rois 21.9, voir aussi Ezéchiel 5.7). Pareillement, Michée (contemporain d'Esaïe), déplore le mauvais choix partagé par tous les habitants du royaume de Juda : « Dans le pays, il ne reste plus de gens fidèles à Dieu, plus personne n'y est honnête. Tous ne pensent qu'au meurtre, ils se guettent les uns les autres. Ils sont maîtres dans l'art de faire le mal » (Michée 7.2-3, BFC).

En somme, « l’infidèle Israël paraît innocente en comparaison de la perfide Juda » (Jérémie 3.11) ! On comprend alors le châtiment annoncé par les prophètes : « J’abandonnerai le reste de mon héritage et je les livrerai entre les mains de leurs ennemis » (2 Rois 21.14). Malgré cet avertissement solennel et les nombreux autres appels à la repentance qui suivirent, la grande majorité du peuple persista dans l’apostasie outrepassant finalement les limites de la patience divine. Le royaume de Juda fut anéanti et une partie de ses habitants emmenée en captivité.

Dès lors, le reste est identifié parmi ces déportés de Babylone (Ezéchiel 12.15-16, Esdras 9.8, Néhémie 1.2). Durant 70 ans, sur une terre étrangère, Juda dut réapprendre l’obéissance aux préceptes divins et plusieurs se repentirent. Nombre cependant minoritaire puisque seulement 42 360 Israélites (Esdras 2.64, Néhémie 7.66) revinrent de l’exil pour rebâtir le Temple et Jérusalem alors que la plus grande partie – les Juifs demeurés en Mésopotamie, Babylonie et Médie, selon l’historien Flavius Josèphe, se comptaient par millions – préféra rester tranquillement dans la diaspora.

En réalité, le véritable reste de Juda sera le Messie que les prophètes de l’Ancien Testament appellent le « germe » (Esaïe 4.2, Jérémie 23.5, Zacharie 6.12) et qui se désignera aussi lui-même comme le « rejeton de la race de David » (Apocalypse 22.16, La Bible de Jérusalem).


Le « petit troupeau » de l’Israël nouveau

Dans le Nouveau Testament, une quarantaine d’autres textes, dont certains s’appliquant aussi au choix des hommes de la fin des temps, viennent renforcer le thème du reste. Là encore, contentons-nous de mentionner les plus significatifs.

Avec la venue du Christ, médiateur d’une nouvelle alliance, l’amour de Dieu pour ses créatures atteint son paroxysme (Jean 3.16) et le titre « d’enfants de Dieu » (1 Jean 3.1-2) est décerné aux croyants obéissant à sa parole. Cependant, nous savons que Jésus ne fut pas reçu par les siens (Jean 1.11), de nombreux passages des Evangiles attestant ce rejet. Seul un « petit troupeau » (Luc 12.32) le reconnut et l’accepta comme l’avait d’ailleurs prédit (2), 550 ans auparavant – ce qui paraît surprenant – le prophète Esaïe : « Qui a cru à son message ? [...] Et qui, parmi les gens de sa génération, s’est soucié de son sort, lorsqu’on l’a retranché du pays des vivants ? » (Esaïe 53.1-8, La Bible du Semeur).

« Malgré tant de signes miraculeux qu’il avait faits en leur présence, ils [les Juifs] ne croyaient pas en lui [3]. Ainsi s’accomplit la parole annoncée par le prophète Esaïe » (Jean 12.37-38). Au moment de son arrestation, le Maître est même abandonné par ses propres disciples : « Alors tous les disciples l'abandonnèrent et prirent la fuite » (Matthieu 26.56).

Sur le même thème, on peut citer aussi l’apôtre Paul qui dans sa lettre aux Philippiens déplore que son collaborateur Timothée soit le seul (avec Epaphrodite) à prendre part à ses préoccupations et à se soucier réellement de la communauté de Philippes : « J'espère dans le Seigneur Jésus vous envoyer bientôt Timothée afin d'être moi-même encouragé par les nouvelles que j'aurai de vous. Car je n'ai personne qui partage mes sentiments pour prendre vraiment votre situation à cœur. Tous, en effet, cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ » (Philippiens 2.19-21).

Avec René Pache, attardons-nous à présent sur la parabole du semeur (Matthieu 13.4-9, 18-23) illustrant admirablement la notion de reste et qui devrait nous faire sérieusement réfléchir : « Dans cette parabole si connue, l'Evangile est appelé "la parole du royaume", qui est répandue dans le monde. La plus grande partie de la semence divine se perd (trois grains sur quatre), faute d'un terrain bien préparé. Le diable est fort actif et empêche les cœurs endurcis de garder ce qu'ils ont entendu. Pendant que l'Evangile est prêché, il y a sur la terre des tribulations, des persécutions et des chutes, tandis que les hommes se laissent accaparer par les soucis du siècle et la séduction des richesses. Une petite minorité seulement obéit à l'appel du Christ, et encore avec une fidélité bien variable. N'est-ce pas la peinture exacte de notre époque (4) ? »

Cette seconde partie de la Bible nous offre également un choix entre deux portes, deux chemins : « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent » (Matthieu 7.13-14). Deux chemins, pas trois ! On a dit que « le christianisme est une question de vie ou de mort » ! Cela est vrai. Depuis toujours, les hommes ont hésité entre ces deux chemins et à toutes les époques, invariablement, la grande majorité d’entre eux, empruntant « le chemin spacieux » du monde, refusa la vie éternelle.

Et pourtant « tous les humains sont en situation d'égalité devant le bien et le mal : ils ont tous reçu une loi, écrite ou intérieure, faite pour être mise en pratique (5) ». Paul affirme même que les hommes (les païens) de tous les temps, en choisissant un monde sans Dieu, sont inexcusables. Car tous ont eu conscience de Dieu et su qu’il existait mais n’ont pas voulu, tout en contemplant les merveilles du monde, reconnaître le Créateur : « En effet, nul n’est dépourvu de la notion du vrai Dieu. Tous les hommes ont une connaissance innée de lui, lui-même l’ayant placée avec netteté dans leur cœur. Depuis la création, les œuvres de Dieu parlent à la pensée et à la conscience des hommes de ses perfections invisibles : quiconque sait regarder, peut y discerner clairement sa divinité et sa puissance. Aussi, depuis les temps anciens, les hommes qui ont sous les yeux la terre et le ciel et tout ce que Dieu a créé, ont connu son existence et son pouvoir éternel. Ils n’ont donc aucune excuse de dire qu’ils ne savent pas s’il y a un Dieu. Ils ont eu conscience de Dieu, ils ont su qu’il existait, mais ils ont refusé de l’adorer – lui, le seul digne d’adoration – ou même de le remercier pour ses dons » (Romains 1.19-21, Parole vivante par Alfred Kuen).


L'Eglise chrétienne d’aujourd’hui

Cette prédilection pour la voie la plus commode persiste malheureusement aujourd’hui dans notre société où la majorité des individus vit éloignée de la religion… notamment dans notre pays ! « Les Français sont de moins en moins nombreux à revendiquer leur appartenance au catholicisme, et de plus en plus nombreux à se dire ”sans religion” [écrit le philosophe et historien des religions Frédéric Lenoir]. Avec la Révolution française, puis la séparation de 1905 entre l'Eglise et l'Etat, la France est devenue un pays laïque, renvoyant la religion à la sphère privée. Pour de multiples raisons, […] le catholicisme n'a cessé, depuis, de perdre son influence sur la société. Cette forte érosion est d'abord perceptible à travers les statistiques de l'Eglise de France, qui montrent une baisse constante des baptêmes, des mariages et du nombre de prêtres (6). »

En ce début de millénaire, combien de ceux qui se disent chrétiens réalisent la nécessité d’un Sauveur, acceptent vraiment de se renouveler (Actes 2.38) pour suivre le Christ et éprouvent le besoin de croître dans leur foi tout en transmettant celle-ci (Actes 4.20) ? Vraisemblablement une minorité, mais sûrement le véritable peuple de Dieu, en quelque sorte le « reste contemporain »… ce que corrobore le passage significatif suivant, de l’épître de Paul aux Romains : « Il en est de même aujourd’hui. A présent encore subsiste un reste de fidèles, un petit nombre de croyants que Dieu, dans sa grâce, a choisis pour les sauver » (Romains 11.5, Parole vivante par Alfred Kuen).

Ouvrons cependant ici une petite parenthèse car une précision s’impose à propos de ce dernier verset… qui semble venir appuyer le thème de l’élection divine, doctrine calviniste remportant certes de moins en moins d’adhésion. Dieu veut en fait le salut de tous les hommes (cf. 1 Timothée 2.4 ; 2 Pierre 3.9 ; Actes 10.34-35), mais dans sa prescience, il connaît d’avance ceux qui répondront à son appel et souffre de ce que les hommes – dans leur grande majorité – aient refusé, refusent et refuseront son dessein de les conduire à la vie éternelle. Ainsi, le libre arbitre, ce « pouvoir de l’homme de se déterminer, d’opérer des choix par sa seule volonté (7) » peut parfaitement s’harmoniser avec la prescience de Dieu.

Or, il y a une confusion courante entre cette dernière et la prédestination. En réalité, l’élection de Dieu est fondée sur sa « pré-connaissance » de l’avenir… et donc du choix de ses créatures. A quoi effectivement servirait la prédication de l’Evangile si le sort des hommes était irrémédiablement fixé à l’avance ? C’est dans ce sens que l’on peut comprendre cet autre passage de l’épître aux Romains : « Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils » (Romains 8.29). Fermons la parenthèse pour revenir à notre propos principal.

Au sujet de l'Eglise chrétienne d’aujourd’hui, on peut être assuré de deux choses. D’une part, l’appartenance à une dénomination – quelle qu’elle soit, incluant sûrement bon nombre de membres n'ayant de « chrétien » que le nom – ne constitue nullement un signe de reconnaissance des véritables croyants. D’autre part, on ne peut (on ne doit) jamais circonscrire le peuple de Dieu… dont la dimension dépasse largement les frontières ecclésiales pauvrement humaines (8)  ! Seul Dieu – pouvant juger les pensées et les sentiments (2 Timothée 2.19) – connaît ses enfants, et nous savons par ailleurs que son Esprit « souffle où il veut » (Jean 3.8).

L'Eglise chrétienne « dépasse les communautés repérables, […] tous les chrétiens ne sont pas dans les Eglises visiblement organisées [reconnaît avec raison Nathalie Paquereau, pasteur de l’Eglise réformée de France]. Sur les marges des Eglises que nous connaissons, quelquefois en dehors d'elles, bien des hommes et des femmes sont en communion secrète mais vivante avec le Christ, à l'écoute de sa Parole (9) ».

C’est pourquoi, bien que cette conception ne soit pas biblique, Luther et Calvin – à la suite d’Augustin – font une distinction entre l’Eglise visible et l’Eglise invisible. « La notion d’Eglise invisible [explique Paulin Bédard, pasteur de Eglise chrétienne réformée de Beauce] est très utile pour souligner le fait que Dieu seul a le privilège de connaître ses élus […] Cependant, cette distinction entre Eglise visible et Eglise invisible […] a souvent été mal comprise, jusqu’à devenir la cause de beaucoup d’erreurs et de confusion. On s’en sert souvent comme d’un prétexte pour dire que devenir membre de l’Eglise visible est sans grande importance. Il suffirait d’appartenir à l’Eglise invisible ! On s’en sert également pour justifier l’existence de nombreuses dénominations. L’Eglise invisible serait l’Eglise idéale et abstraite, tandis que les Eglises visibles seraient toutes des manifestations approximatives et légitimes de l’Eglise idéale. De telles idées sont contraires à la Parole de Dieu qui nous commande de nous joindre à l’assemblée des croyants et qui ne justifie d’aucune manière la prolifération des dénominations. […] Bien que cette distinction soit utile, nous devons l’employer avec beaucoup de prudence. […] Pour éviter toute confusion, il serait donc préférable de dire que cette Eglise unique comporte des aspects visibles et des aspects invisibles (10). »


L'Eglise chrétienne de demain

En considérant les paroles du Christ, on a de bonnes raisons de penser que les enfants de Dieu resteront probablement une minorité dans l’avenir. Chacun connaît le célèbre verset : « Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » (Matthieu 22.14). Dans son discours sur le mont des Oliviers, celui-ci annonce que « l'amour du plus grand nombre se refroidira » (Matthieu 24.12). Le Christ nous laisse aussi entendre qu’à la fin des temps, une vive hostilité se manifestera entre la minorité croyante et la majorité rejetant son nom : « Il viendra un temps où le monde entier vous haïra parce que vous portez mon nom » (Marc 13.13, Parole vivante par Alfred Kuen). Jésus posa également à ses disciples cette question significative : « Lorsque le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il encore, sur la terre, des hommes qui ont confiance en lui ? » (Luc 18.8, Parole vivante par Alfred Kuen).

De plus, nous savons qu’antérieurement à cette dernière parole, il venait de leur annoncer que la perversité des hommes avant son retour serait comparable à celle du temps de Noé : « Le jour où le Fils de l’homme reviendra, tout se passera comme au temps de Noé » (Luc 17.26, Parole vivante par Alfred Kuen). Toutefois, l’humanité d’aujourd’hui étant beaucoup plus nombreuse, on peut espérer que l’avertissement final de Dieu sera plus clair et plus retentissant qu’au temps de Noé et que la proportion des hommes lui répondant favorablement sera plus importante.

De son côté, Paul confirme la corruption morale des derniers jours y compris dans les Eglises (2 Timothée 3.1-9). Et celui-ci d'ajouter : « Les hommes ne supporteront plus la saine doctrine » (2 Timothée 4.3). Enfin, le voyant de l'Apocalypse précise que la coalition hostile au plan de Dieu, qui livrera le dernier combat contre l'Eglise à la fin des temps, sera « aussi nombreuse que le sable de la mer » (Apocalypse 20.8) !


En conclusion

A vue humaine, l’histoire du salut semble plutôt être l’histoire d’un gâchis ! Mais la liberté que Dieu a voulu accorder à l’homme était à ce prix. En donnant la liberté à ses créatures, Dieu – volontairement – limitait sa toute puissance au risque de les perdre !

Dans son œuvre remarquable, intitulée Ontologie de la liberté, le grand philosophe italien Luigi Pareyson souligne l'importance de la liberté humaine : « Pour l'homme, la liberté, qui est son essence et sa dignité, est la chose la plus précieuse, même si elle va de pair avec le risque inévitable d'un usage négatif. C'est ainsi que Dieu la considère et il conserve envers elle le plus grand respect, quel qu'en soit l'exercice, positif ou négatif. […] Au nom de son estime pour la liberté humaine, Dieu fut contraint d'accepter, tout en la condamnant et en acceptant ses conséquences, la décision négative de l'homme. En usant de la liberté, l'homme est allé beaucoup plus loin qu'il n'est nécessaire pour en donner la mesure. Dieu s'est trouvé alors contraint de distinguer son respect pour la liberté humaine et sa réprobation de l'usage négatif qu'en fait l'homme (11). »

De surcroît, nous savons que Dieu, dans son amour absolu, ne s’en est pas tenu à cette liberté accordée. Sachant par avance que ses créatures en feraient un triste usage les empêchant d’accéder à la vie éternelle, il a conçu – avant même la fondation du monde – un plan de rachat de l’humanité. La Bible nous raconte tout simplement l’histoire de cette rédemption de l’homme perdu par un Dieu Sauveur…

Aujourd’hui où apparaissent nettement les premiers signes de la décrépitude de l’humanité, le Christ, inlassablement nous dit encore : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas » (Luc 13.24). Et juste avant qu’il monte au ciel, une dernière fois, il nous invite à l’accepter comme notre Sauveur : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc 16.16).

Notre choix conditionnera notre destin ; aussi, si cela n’est déjà fait, ne tardons pas à lui répondre et à nous joindre à cette minorité des « chrétiens qui gardent les commandements de Dieu et demeurent fidèles à la foi en Jésus » (Apocalypse 14.12, Parole vivante par Alfred Kuen).

Bref, si l'une des particularités du peuple de Dieu est d’être une minorité perpétuelle, soyons assurés, avec le réformateur écossais John Knox qu’« un homme avec Dieu est toujours dans la majorité (12) » !

 
Claude Bouchot
 
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1. Alexandre Vinet, cité par Edmond Itty, Illusions et trahisons de notre temps, 4e éd., Paris : Les Bons Semeurs, 1967, p. 84 (cf. Epître aux Romains 8.31, 37).
2. C’est dans le livre d’Esaïe (appelé souvent Protévangile) que l’on trouve le plus de prédictions messianiques et notamment au chapitre 53 que plusieurs auteurs du Nouveau Testament (Jean 12.38, Romains 10.16, Actes 8.32-33), suivis de la tradition chrétienne, appliquent à Jésus.
3. « Au temps de Jésus comme au temps d’Esaïe, beaucoup refusent de croire malgré les preuves irréfutables. En réaction à une telle attitude, Dieu endurcit leur cœur. Est-ce à dire qu’il les empêche intentionnellement de croire en lui ? Certainement pas ! Il ne fait que confirmer leur propre choix. Toute leur vie, ils ont résisté à Dieu ; leur système de pensée est devenu imperméable à tout changement, au point qu’ils ont même refusé d’écouter le message de Jésus. Il est pratiquement impossible que de telles personnes se tournent vers Dieu, tellement leur cœur est endurci » (Extrait d'une note de la Bible d'étude Vie Nouvelle, Version Segond 21, p. 246, Copyright © 2004 Société Biblique de Genève).
4. René Pache, Le retour de Jésus-Christ, Saint Légier sur Vevey : Emmaüs,, 1993, p. 43.
5. Extrait d’une note de La Bible Expliquée, Villiers-le-Bel : Société biblique française, 2004, NT, p. 207.
6. Frédéric Lenoir, « Vers un catholicisme minoritaire ? », Le Monde des Religions, janvier 2007, n° 21.
7. Le Petit Larousse, « Arbitre », Paris : Larousse, 2002, p. 80.
8. Laurent Gagnebin, « L’église invisible », Evangile et liberté, juin 2006, n° 200.
9. Nathalie Paquereau, Mais où est donc l’Eglise invisible ?, Site de l’Eglise réformée du Gapençais [En ligne] http://www.protestants-gap.fr/, (consulté en mars 2013).
10. Paulin Bédard, Les aspects visibles et invisibles de l’Eglise, « Catégorie Sermons », site de l’Eglise chrétienne réformée de Beauce, Canada, [En ligne] http://beauce.erq.qc.ca/, (consulté en mars 2013).
11. Luigi Pareyson, Ontologie de la liberté - La souffrance et le mal, Traduction par Gilles A. Tiberghien, Paris : Ed. de l'Eclat, 1998.
12. John Knox, Citation, Site Evene.fr, [En ligne] http://www.evene.fr/, (consulté en mars 2013).
 
 
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