Interview exclusive de Helga Bayertz
 
Ancienne speakerine de la Radio-Télévision allemande SFB
 
Propos recueillis et traduits en français par Karin Bouchot
 
 

Helga Bayertz, l’ancienne speakerine de la Radio-Télévision allemande SFB (aujourd’hui RBB), bien connue des Berlinois, s’est aussi forgée une solide réputation de présentatrice de shows et de concerts dans plusieurs pays. Elle a eu notamment l’occasion de présenter de grands artistes internationaux tels que Udo Jürgens, Charles Aznavour, Juliette Gréco, Gilbert Bécaud, Heino, Paul Kuhn, Mireille Mathieu et bien d'autres.

Par ailleurs, les téléspectateurs allemands de cette époque n’ont pas oublié ses émissions musicales (Wunschkonzert) qui, en dépit du Mur, permettaient – tel un pont reliant l’Est et l’Ouest – de maintenir les liens entre tant de familles séparées. Par sa voix et son sourire agréables au public, elle est ainsi devenue rapidement une médiatrice populaire très appréciée au temps de l’Allemagne divisée, une fonction humanitaire qu’elle a développée pendant de très nombreuses années.

De surcroît, Helga Bayertz ne manque pas de s’intéresser au fait religieux dans notre société moderne et à ce titre, elle a bien voulu répondre aux questions de Bouquet philosophique.

 
 

Bouquet philosophique : Bonjour, Helga Bayertz. Avez-vous choisi votre profession délibérément ou êtes-vous devenue speakerine à la Radio-Télévision allemande tout à fait par hasard ?

Helga Bayertz : A vrai dire, j’ai toujours aimé communiquer et déjà à l’école, je cherchais le contact avec le public. Souvent, on me chargeait de faire des annonces ou de réciter des poèmes ce qui me plaisait beaucoup. Après une formation sérieuse et classique en langues étrangères au Lette-Verein, j’ai travaillé durant quelque temps comme secrétaire pour un professeur. Ensuite, sur les conseils d’une ancienne camarade de classe, j’ai posé ma candidature à la Radio-Télévision berlinoise (SFB), d’abord pour un emploi dans la même branche puis subitement, j’ai eu l’idée de demander au chef du service personnel comment on pouvait devenir speakerine à la télévision. Après un casting de 100 candidates, j’ai eu la chance inouïe de faire partie des trois premières candidates ! C’est alors que je me suis empressée de rechercher le meilleur professeur pour suivre des cours intensifs de diction.


Bouquet philosophique : Au cours de votre carrière, vous avez rencontré de nombreux artistes. Quels sont ceux qui vous ont particulièrement impressionné ?

Helga Bayertz : Il est vrai qu’au cours de ma carrière, j’ai eu la chance de côtoyer beaucoup de célébrités, mais c’est sans doute le chansonnier français, Gilbert Bécaud, qui m’a le plus marquée. En effet, il savait enthousiasmer son public de façon magistrale et lors de ses concerts, la salle était toujours comme électrisée. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on l’appelait Monsieur 100 000 volts ! Il était incroyablement communicatif.


Bouquet philosophique :
Depuis quelque temps, de plus en plus de chanteurs du showbusiness traitent des sujets religieux. Approuvez-vous cette nouvelle tendance ?

Helga Bayertz : Pour être honnête, je n'ai pas suivi ce nouveau courant musical, mais s’il en est ainsi, je le trouve bien car les gens sans foi sont vraiment à plaindre. Pour moi, l’espérance est très importante dans la vie.


Bouquet philosophique :
Que pensez-vous de l’émission de Volksmusik (musique populaire allemande) animée par Florian Silbereisen, le plus jeune showmaster d’Allemagne, qui s’est présenté plusieurs fois dans ses shows, accompagné d’un groupe de religieuses catholiques en tenue, afin de chanter avec elles une profession de foi ?

Helga Bayertz : Je n’ai pas regardé ses émissions car je ne suis pas une fan de Volksmusik. Toutefois, si ce show plaît beaucoup au public, il correspond certainement aux besoins spirituels des spectateurs.


Bouquet philosophique : N’est-il pas étonnant de constater que des chants religieux lors de shows musicaux – notamment en ex-RDA – suscitent tant d’ovations de la part du public tandis que la majorité des inscrits sur les registres paroissiaux déserte les Eglises traditionnelles ?

Helga Bayertz : C’est vrai, la plupart des gens ne veulent plus aller à l’église. De même moi, je n’y vais que rarement. Par contre, je crois fermement en Dieu et le prie régulièrement sans oublier de le remercier de tout le bien qu’il m’accorde.


Bouquet philosophique :
Comment pouvez-vous expliquer cette prise de distance par rapport aux grandes églises établies et le fait que les gens continuent à croire en Dieu mais sans vouloir s’identifier à ces institutions officielles ?

Helga Bayertz : En tant que catholique, je ne peux parler que de cette église. Dans ce contexte, les dogmes sclérosés jouent certainement un rôle important. Par exemple à l’époque où sévit le SIDA, on devrait permettre aux gens d’utiliser le préservatif. Il en est de même pour la pilule contraceptive que le Pape interdit toujours aux femmes. Les conséquences de ces décrets pour les pays pauvres se passent de tout commentaire.


Bouquet philosophique :
Quel bilan tirez-vous de votre longue carrière ?

Helga Bayertz : J’éprouve un sentiment de gratitude car j’ai eu cette rare chance d’exercer une profession à laquelle j’aspirais. Ainsi, mon rêve de jeunesse s’est vraiment réalisé.


Bouquet philosophique :
Que souhaitez-vous pour les années à venir ?

Helga Bayertz : Surtout la santé pour toute ma famille et la paix dans le monde. Puissions-nous être épargnés de ce que nos parents et grands-parents ont dû subir dans le passé. A part cela, je suis satisfaite de ma vie.


Bouquet philosophique :
Merci, Helga Bayertz, de cet entretien.

 
Berlin, 2 juin 2005
 
 
© Bouquet philosophique