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Entre psaumes et Evangile : comprendre la protection divine aujourd’hui
 
 

La question de la protection divine traverse toute l’Ecriture. Dans l’Ancien Testament, de nombreux textes – en particulier les psaumes – affirment que Dieu veille sur ceux qui lui appartiennent et les garde du mal. Pour autant, dans le Nouveau Testament, le Christ annonce à ses disciples non pas une existence préservée de l’épreuve, mais une vie marquée par l’opposition, la persécution et le rejet. Comment tenir ensemble ces deux perspectives sans les opposer ? Et pourquoi le croyant d’aujourd’hui ne peut-il plus s’appuyer sur la logique de la rétribution, si présente dans l’ancienne alliance ? Cette tension conduit à un sujet plus profond encore : quelle place occupe la souffrance chrétienne dans la vie du disciple ? Essayons d'aborder ces questions à la lumière de l’Ecriture.


La protection divine dans l’Ancien Testament

Dans l’Ancien Testament, le livre des Psaumes se distingue comme l’un des témoignages les plus riches de la protection que Dieu accorde à son peuple. Ces prières nées de l’expérience concrète des croyants, proclament que le Seigneur demeure un refuge sûr pour ceux qui se confient en lui. Elles décrivent un Dieu qui se fait rocher, forteresse, bouclier, mais aussi présence attentive. A travers ces images fortes, les psaumes montrent que la protection divine n’est pas un thème secondaire. En méditant ces versets (ci-après, une sélection succincte), chacun peut reconnaître la fidélité d’un Dieu qui ne reste pas lointain, qui protège, accompagne et guérit :

« Mon Dieu est pour moi un rocher où je suis à l’abri du danger, un bouclier qui me protège, une forteresse où je suis sauvé » (Psaume 18.3, BFC) ; « L’ange du Seigneur monte la garde autour des fidèles et les met hors de danger » (Psaume 34.8, BFC) ; « Dieu est pour nous un abri sûr, un secours toujours prêt dans la détresse » (Psaume 46.2, BFC) ; « Il te protégera, tu trouveras chez lui un refuge, comme un poussin sous les ailes de sa mère » (Psaume 91.4, BFC) ; « C'est lui [le Seigneur] qui guérit toutes mes maladies » (Psaume 103.3, BFC).


Une protection qui n’exclut pas l’épreuve

Les psaumes affirmaient donc la fidélité de Dieu envers Israël. Pourtant, ceux qui les chantaient vivaient aussi la faim, la maladie et la persécution. Cela nous rappelle que dans l’Ecriture, la protection divine n’a jamais voulu dire être à l’abri de tout. En effet, le juste peut être frappé par l’adversité (Psaume 34.20), mais Dieu, qui veille sur lui, le relève et l’aide à avancer au milieu de l’épreuve. Ceux qui vivent en alliance avec Dieu ne sont pas préservés de toute maladie (cf. Psaume 103.3, déjà cité plus haut), mais ils sont accompagnés, soutenus et parfois guéris selon la sagesse divine.

Autre exemple, la promesse « Tu ne craindras ni la terreur de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour » (Psaume 91.5, TOB) ne peut être comprise comme une immunité contre les difficultés, mais comme l’assurance que Dieu demeure présent au cœur de l’affliction. De même, la déclaration « Le Seigneur te gardera de ton départ jusqu’à ton arrivée » (Psaume 121.8, BFC) n’est pas la garantie d’être épargné de tout mal, mais une promesse que Dieu marche avec nous.

Ainsi, la protection dans les psaumes s’inscrit dans une théologie de la présence et de la confiance, les versets suivants l’attestent de la même manière : « Même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » « Psaume 23.4, TOB) ; « Il m'appellera au secours et je lui répondrai. Je serai à ses côtés dans la détresse » (Psaume 91.15, NFC).


La logique de la rétribution dans l’Ancien Testament

Pendant longtemps, c’est le modèle de la rétribution – strictement terrestre – qui dicte la pensée des enfants d'Israël. Ceux-ci croient que Dieu « rétribue » ici-bas les hommes selon leurs actes, autrement dit que les justes sont récompensés par une longue vie tranquille et prospère tandis que les pécheurs sont condamnés à une vie malheureuse, courte et sans descendance.

Cette théorie de la rétribution occupe une place centrale dans l’Ancien Testament. Elle exprime que Dieu gouverne son peuple selon un principe de justice immédiate : l’obéissance entraîne la bénédiction, alors que la désobéissance conduit au malheur. Logique particulièrement visible dans les bénédictions et malédictions de Deutéronome 28, où la prospérité matérielle, la fécondité et la paix sont présentées comme les signes concrets de la faveur divine. Inversement, la sécheresse, la défaite ou l’exil manifestent la rupture de l’alliance.

Cependant, la théorie de la rétribution n’explique pas tout. Les livres de Job ou des Psaumes montrent déjà ses limites : le juste peut souffrir et le méchant prospérer (1) ! En fait, cette pédagogie divine, adaptée à un peuple en formation, n’était pas destinée à durer éternellement. Elle préparait Israël à comprendre la sainteté de Dieu, la gravité du péché et la nécessité d’un salut plus profond que la prospérité terrestre.

La rétribution terrestre de l’Ancien Testament n’est pas pour autant abolie dans le Nouveau, mais transformée. Elle annonçait une justice plus haute, accomplie en Christ et orientée vers la vie éternelle plutôt que vers les bénédictions matérielles.


Pourquoi le chrétien ne peut plus s’appuyer sur la rétribution

Avec la venue du Christ, l’économie du salut change radicalement. Le royaume n’est plus terrestre, mais céleste ; la bénédiction n’est plus matérielle, mais éternelle ; le peuple de Dieu n’est plus une nation, mais un corps spirituel.

• Le royaume de Dieu n’est pas de ce monde

Jésus le dit explicitement : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18.36). Si le royaume n’est plus de ce monde, la rétribution ne peut plus être terrestre. Le chrétien n’attend plus la prospérité comme signe de bénédiction, mais la sanctification. Dès lors, détaché de la terre, il tourne son regard vers la patrie éternelle qui l’attend : « Notre patrie à nous est dans les cieux, et celui que nous attendons comme Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, viendra des cieux » (Philippiens 3.20, Parole de Vie).

• Les bénédictions deviennent spirituelles

L’apôtre Paul affirme que Dieu nous a bénis « de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes » (Ephésiens 1.3). La prospérité matérielle n’est plus un indicateur de fidélité. La véritable bénédiction est l’union au Christ, la paix intérieure, la croissance dans la foi.

• L’Eglise est un peuple envoyé, non un peuple protégé

Israël devait garder la loi de Dieu au milieu des nations. L’Eglise, quant à elle, doit aller vers les nations. Cette vocation missionnaire implique exposition, fragilité et vulnérabilité. La rétribution terrestre n’a plus de sens pour un peuple dont la mission est de témoigner au cœur d’un monde hostile.

Dès lors, le chrétien ne lit plus les psaumes comme des promesses de réussite matérielle ou de sécurité dans la vie quotidienne. Il les comprend comme des paroles qui trouvent leur accomplissement en Jésus-Christ et qui s’appliquent désormais principalement à la vie spirituelle. Elles parlent de la relation avec Dieu, de la croissance intérieure, et de la confiance que l’on peut avoir en lui, même dans les difficultés.


La souffrance chrétienne, conséquence du témoignage

La souffrance occupe dans la vie chrétienne une place singulière. Alors que l’Ancien Testament associe parfois la bénédiction à la protection visible, le Nouveau Testament présente l’épreuve comme une réalité normale du disciple.

• La souffrance, une réalité inévitable pour le croyant

Les passages de Paul présentés ci-après en témoignent clairement : « Vous avez reçu la grâce de servir le Christ, non seulement en mettant votre foi en lui, mais encore en souffrant pour lui » (Philippiens 1.29, NFC) ; « Bien plus, nous mettons notre fierté même dans nos détresses, car nous savons que la détresse produit la persévérance, que la persévérance produit le courage dans l'épreuve et que le courage produit l'espérance » (Romains 5.3-4, NFC) ; « J'estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas comparables à la gloire que Dieu nous révélera » (Romains 8.18, NFC).

Pour sa part, à plusieurs reprises dans sa Première Epître, Pierre voit également dans la souffrance une réalité incontournable pour le croyant de tous les temps : « Très chers amis, ne trouvez pas étrange d'être en plein feu de l'épreuve, comme s'il vous arrivait quelque chose d'étrange » (1 Pierre 4.12, NFC) ; « Si quelqu'un souffre parce qu'il est chrétien qu'il n'en ait pas honte, qu'il remercie plutôt Dieu de pouvoir porter ce nom » (1 Pierre 4.16, NFC) ; « Si vous avez à souffrir lorsque vous agissez bien, et que vous le supportez, c'est une grâce aux yeux de Dieu » (1 Pierre 2.20, NFC).

Par ailleurs, il faut reconnaitre que si les chrétiens (pareillement aux croyants de l’Ancien Testament) ne sont pas épargnés des maladies, ils peuvent néanmoins expérimenter tout autant la guérison divine – parfois physique, parfois intérieure – mais toujours comme un signe de la présence fidèle de Dieu. Dans la Nouvelle Alliance, les guérisons se manifestent comme des preuves éclatantes de sa puissance. Le Christ n’a jamais tenu la guérison pour chose secondaire, lui qui proclama : « Les malades seront guéris » (Marc 16.18, Parole de Vie). Aussi, attestons-nous que Dieu agit aujourd’hui comme autrefois. Oui, il guérit toujours, c’est une certitude pour les croyants !

• La souffrance chrétienne est essentiellement missionnaire

En réalité, comme celles des apôtres il y a 2000 ans, les souffrances des chrétiens ne sont pas simplement les épreuves communes à tous les hommes. Elles sont liées à leur mission. Les chrétiens souffrent parce qu’ils annoncent le Christ, parce qu’en portant la lumière dans les ténèbres, ils dérangent. Ces souffrances reflètent donc une participation à la mission du Christ, non une fatalité.

Dans la Bible, la souffrance liée au témoignage est appelée persécution (2). Elle peut prendre plusieurs formes : indifférence, moquerie, rejet, violence. Le Christ l’a annoncé sans détour : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous » (Jean 15.18) ; « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive » (Marc 8.34) ; « En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j'ai vaincu le monde ! » (Jean 16.33, TOB). A l’évidence, Jésus ne cache pas la réalité de la souffrance dans la vie chrétienne… celle-ci requérant nécessairement un effort (héroïque) pour ceux qui veulent marcher derrière lui !

Cependant, en se chargeant de sa croix, le chrétien a la pleine assurance de l'accompagnement de Jésus-Christ : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et courbés sous un fardeau, et je vous donnerai du repos. […] mes exigences sont bonnes et mon fardeau léger » (Matthieu 11.28-30).

Sur le chemin étroit des serviteurs de Dieu, au sein de l’affliction, la fidélité du Très-Haut demeure inébranlable. Paul qui a bien compris cela – on sait qu’il a été maintes fois rejeté, frappé, emprisonné – nous rappelle que nous portons en nos corps la trace de la croix, mais aussi la puissance de la résurrection. De la sorte, chaque souffrance devient occasion de relèvement et de croissance : « Nous sommes accablés de tous côtés, mais non pas laissés sans issue ; nous sommes perplexes, mais non désespérés ; nous sommes persécutés, mais non abandonnés ; nous sommes jetés à terre, mais non anéantis. Nous portons sans cesse dans notre corps la mort de Jésus, afin que sa vie se manifeste aussi dans notre corps » (2 Corinthiens 4. 8-10, NFC) ; « Vous comprendrez quelle est la richesse et la splendeur de l'héritage destiné à ceux qui lui appartiennent, et quelle est la puissance extraordinaire dont il dispose pour nous les croyants. Cette puissance est celle-là même que Dieu a manifestée avec tant de force quand il a ressuscité le Christ d'entre les morts et qu'il l'a fait siéger à sa droite dans les cieux » (Ephésiens 1.18-20, NFC).

Ainsi, la souffrance du chrétien, au lieu d’être un échec de la protection divine, est une conséquence de la mission, et la preuve que le disciple marche sur les traces du Maître. Loin d’être un simple contresens théologique, elle devient, à la lumière du Christ, un lieu où se révèle la fidélité de Dieu et où se déploie la maturité de la foi.


Conclusion

La protection divine ne se présente jamais comme la garantie d’une existence préservée de tout malheur. Cependant, elle est la certitude d’une présence fidèle. Les psaumes, plus que tout autre livre, nous apprennent que Dieu se fait refuge, non pour nous soustraire à la réalité humaine, mais pour nous y tenir debout, soutenus par sa main.

Dans la nouvelle alliance, la bénédiction ne se mesure plus aux critères de la réussite ou de l’abondance, mais à la communion avec le Christ. La souffrance n’indique pas forcément une faute, l’épreuve n’est pas toujours un châtiment. La logique de rétribution s’efface devant l’œuvre de la grâce qui relève et transforme. Ainsi, pour le chrétien, les psaumes de protection deviennent des proclamations de la fidélité de Dieu accomplie en Christ et reçue dans la vie spirituelle.

Ce dernier n’a pas promis un chemin sans croix ; par contre, il a promis d’y marcher avec nous. Il ne nous retire pas du combat, il ouvre la route. Sa protection ne consiste pas à écarter l’épreuve, mais à nous donner la force et la paix pour la surmonter, afin que nous soyons, au milieu du monde, des témoins de sa lumière.

Et lorsque l’ombre s’étend sur notre route, souvenons-nous que Dieu demeure proche. Il veille sur ses enfants, les accompagne partout, les réconforte et les conduit, jusqu’au jour où il leur laissera entrevoir pleinement la vie éternelle promise, cette espérance qui habite le cœur du croyant.

Claude et Karin Bouchot

 
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1. Bien que la croyance en la rétribution soit historiquement ancrée dans la réalité quotidienne du peuple d’Israël, certains en voyant « le bonheur des méchants » (Psaume 73.3) – ou en quelque sorte, l’inversion de cette théorie de la rétribution – ont du mal à comprendre la justice de Dieu et se mettent à réfléchir. C’est le cas du roi David (Psaume 37) et du psalmiste Asaph (Psaume 73). Job, héros des temps anciens, fait aussi partie de ceux qui osent remettre en cause la croyance classique (Job 12.13-25) et dans l’un de ses « grands textes », il arrive finalement à la conclusion que le bien et le mal ont leur sanction outre-tombe plutôt qu’ici-bas, une avancée théologique considérable !
2. Depuis les années soixante, il est bien triste de voir la méfiance que suscite le fait religieux et pire, d'observer le développement exponentiel de la culture du mépris et de la haine à l’encontre du christianisme. Dans de très nombreux pays, on assiste à une dégradation consternante de la liberté religieuse et le rejet du Christ a pris un visage brutal. Selon l’organisation Portes Ouvertes, aujourd'hui dans le monde plus de 388 millions de chrétiens sont exposés à des persécutions et discriminations fortes en raison de leur foi en Jésus, soit un chrétien sur sept (Index Mondial de Persécution des Chrétiens, Ostwald : Portes Ouvertes, 2026.).
 
 
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