La lumière du monde
 
 

La lumière – symbole universel de spiritualité – est un thème abondamment présent dans toute la Bible, y compris déjà dans les premières lignes où nous pouvons lire : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut » (Genèse 1.3). De surcroît, le symbolisme de la lumière y est employé pour illustrer des notions se révélant capitales. A défaut de traiter ici ce vaste thème de façon exhaustive, contentons-nous d'en cerner les contours. Mais pour nous aider à mieux saisir l'importance de ce sujet – considérant aujourd'hui que l'acte photographique est devenu familier pour la plupart d'entre nous –, nous ferons à cette fin un parallèle original et fécond entre la lumière du photographe et celle de l'Evangile !


Importance de la lumière

En photographie, la lumière constitue un élément primordial et se révèle être en fait, avec l'appareil photographique et le sujet, le principal moyen de base nécessaire à la mise en œuvre du processus photographique. D'ailleurs, si nous nous arrêtons à l'étymologie du terme photographie, le préfixe phôs, phôtos, a en grec le sens de lumière.

De son côté, la Bible mentionne plus de 180 fois le mot « lumière » ! Il s'agit donc là aussi d'une notion essentielle surtout lorsqu'on lit : « Dieu est lumière » (1 Jean 1.5). Très tôt, dans l'Ancien Testament, la lumière symbolisait la présence de Dieu parmi son peuple : « Seigneur, [s'exclame David] tu es pour moi une lampe allumée, mon Dieu, tu éclaires la nuit où je suis » (Psaume 18.29, BFC). « C’est ta lumière qui éclaire notre vie » (Psaume 36.10, BFC). Puis, ce célèbre roi d'Israël associe la lumière au mot salut : « L'Eternel est ma lumière et mon salut » (Psaume 27.1). Dans le Nouveau Testament, l'apôtre Paul nous fait comprendre finalement que la lumière signifie le salut lui-même : « Je n'affirme rien d'autre que ce que les prophètes et Moïse ont déclaré devoir arriver : que le Messie aurait à souffrir, qu'il serait le premier à se relever d'entre les morts et qu'il annoncerait la lumière du salut à notre peuple et aux autres nations » (Actes 26.22-23, BFC). D'une façon générale, les auteurs bibliques recourent au symbolisme de la lumière pour décrire l'essence divine, la connaissance, la vie, le bien, la foi, le salut, l'espérance chrétienne.


Lumière ou ténèbres ?

Toute image photographique implique des parties claires (les hautes lumières), mais néanmoins aussi des parties sombres (les ombres). La notion de contraste repose sur ces deux critères.

Analogiquement, les Ecritures opposent nettement le symbolisme de la lumière à celui des ténèbres : « Qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ? » (2 Corinthiens 6.14). Ces dernières désignent le rejet de Dieu, l'incrédulité, le péché, le monde du mal, la mort. Quant à l'opposition lumière / ténèbres, elle s'apparente à la notion de libre arbitre. « L'homme a ce choix : laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés » a pu affirmer Henry Miller.  Dieu, qui a placé devant les hommes la lumière et les ténèbres, leur laisse effectivement la liberté de choisir entre ces deux mondes : le bien ou le mal... plus exactement, la vie éternelle ou la mort éternelle ! Il ne contraint personne à renoncer à son erreur, mais donne cependant un conseil : « Ne prenez point part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les » (Ephésiens 5.11).

Malheureusement de tout temps, cette mise en garde n'a été acceptée que par une minorité. Depuis toujours, la plupart des hommes en effet, craignent d'être « exposés » à la lumière divine, effrayés de ce que celle-ci pourrait révéler de leur vie ténébreuse. Constat que le Christ lui-même déplore en ces termes : « La lumière est venue dans le monde, mais les hommes préfèrent l'obscurité à la lumière, parce qu'ils agissent mal. Quiconque fait le mal déteste la lumière et s'en écarte, car il a peur que ses mauvaises actions apparaissent en plein jour. Mais celui qui obéit à la vérité vient à la lumière, afin qu'on voie clairement que ses actions sont accomplies en accord avec Dieu » (Jean 3.19-21, BFC). Le pire, ceux qui « prétendent clair ce qui est sombre, et sombre ce qui est clair » (Esaïe 5.20, BFC) !


L'énergie de la lumière

En photographie argentique, au moment de l'exposition du film, les particules d'énergie (ou photons) composant la lumière induisent ce que l'on appelle l'image latente, réaction photochimique ne pouvant être amorcée que grâce à cet apport d'énergie venant de l'extérieur, c’est-à-dire l'énergie lumineuse.

De même, on ne peut se limiter à qualifier la lumière de l'Evangile de phénomène uniquement visuel ne laissant pas de traces après son passage. D'abord, Dieu nous a tous créés « photosensibles » : « Sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas ? » (Job 25.3). D'autre part, sa lumière, active, puissante, vitale, laisse aussi en notre conscience une image latente : « Car le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité » (Ephésiens 5.9). Par ailleurs, cette lumière donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu : « Cette lumière était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a pas reconnue. [...] Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le droit de devenir enfants de Dieu » (Jean 1.9-12). Qui plus est, nous sommes appelés à être les ambassadeurs de Dieu : « Vous êtes un peuple élu, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté afin de proclamer les louanges de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 Pierre 2.9).


Les sources de lumière

L'émission d'un rayonnement lumineux suppose nécessairement une source. En photographie, le soleil est une source très sollicitée. Nous savons aussi que le rayonnement lumineux, généralement, ne se propage pas uniquement en ligne droite du soleil au film (au capteur). Le flux lumineux émis par cette source primaire est réfléchi partiellement par les multiples surfaces offertes par le sujet et son décor pour atteindre finalement la couche sensible du film (ou les cellules photoélectriques de l’appareil photo numérique). Ces surfaces intermédiaires renvoyant dans toutes les directions une partie du flux incident agissent comme de véritables sources dites « secondaires ».

Il n'en est pas autrement pour nous chrétiens qui devons refléter au monde entier la lumière de l'Evangile. « Que votre lumière luise devant les hommes » (Matthieu 5.16). Cette lumière ne vient pas de nous, incapables de produire de la lumière, mais de Dieu qui est la source primaire. Remarquons que le Christ affirme également être « la lumière du monde » (Jean 8.12) et par cette parole, atteste vivement son unité avec Dieu. « Je suis venu [dit-il] comme une lumière dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres » (Jean 12.46). Il est « la seule lumière véritable, celle qui vient dans le monde et qui éclaire tous les hommes » (Jean 1.9, BFC). L'activité salvatrice du Père se manifeste en Jésus ; pour tous les hommes, il est la seule possibilité de salut.

Ainsi, nous sommes non seulement des récepteurs de la lumière divine mais aussi – paradoxalement – de véritables sources (secondaires, il est vrai !) comme en témoignent les passages suivants : « Vous êtes la lumière du monde » (Matthieu 5.14) ; « Soyez prêts à agir avec [...] vos lampes allumées » (Luc 12.35, BFC) ; « Vous brillez comme des flambeaux dans le monde, portant la parole de vie » (Philippiens 2.15-16) ; « Autrefois vous étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière ! » (Ephésiens 5.8). Quel immense honneur ! Toutefois, n'en tirons pas vanité puisque, rappelons-le, la lumière que nous devons refléter provient de Jésus qui est la source primaire unique. « Aucune chance de promouvoir la bonne nouvelle pour celui qui se met en scène en cherchant à briller [de sa propre lumière] au lieu de se considérer seulement comme le porte-voix de celui qui est la Parole incarnée (1). »


La lumière réfléchie

Poursuivant notre parallèle entre la lumière du photographe et celle de l’Evangile, nous distinguerons ici les aspects quantitatif et qualitatif de la lumière réfléchie.

Quelle quantité de lumière réfléchie ?

Nous avons vu que les différentes surfaces du sujet (sources secondaires) ne réfléchissent qu'une fraction du flux lumineux reçu. En effet, un certain pourcentage du flux incident est absorbé par la matière et, selon la nature de celle-ci, le flux réfléchi est plus ou moins important. Une surface noire réfléchit très peu de lumière et inversement pour une surface blanche. Par exemple, un carrelage gris clair réfléchit environ 30 % de la lumière reçue tandis qu'un mur de plâtre blanc peut en réfléchir 80 %.

Nous le comprenons facilement, un chrétien dont le vêtement est souillé – l'image du vêtement est souvent utilisée dans la Bible pour symboliser la réalité profonde de l'homme – ne peut « réfléchir » intensément la lumière de l'Evangile. Aussi, dans sa Parole, Dieu nous invite-t-il à revêtir un vêtement blanc : « Qu'en tout temps tes vêtements soient blancs » (Ecclésiaste 9.8), « Je te conseille d'acheter de moi [...] des vêtements blancs » (Apocalypse 3.18). C'est la seule façon de faire briller avec force la lumière céleste aux yeux du monde.

Inversement, si nous nous revêtons de « noir », nous ne pouvons plus être que de simples récepteurs « absorbant » la lumière et risquons de devenir détenteurs exclusifs de la vérité comme le peuple juif avant l'avènement du Christ. Ce dernier nous met en garde contre ce risque de cacher aux hommes cette vérité qui illuminerait leur vie : « On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison » (Matthieu 5.15).

Quelle qualité de lumière réfléchie ?

D'autre part, nous savons que la lumière solaire blanche est formée de l'addition d'un grand nombre de radiations de couleurs différentes et que celles-ci ne sont pas réfléchies dans les mêmes proportions. Ainsi, un vêtement qui nous paraît vert réfléchit surtout les radiations vertes tout en absorbant plus ou moins complètement les autres.

De même, une partie des composantes de la lumière « blanche » de l’Evangile – pour diverses raisons – n’est quelquefois pas réfléchie ! En tout temps, au sein du christianisme, des hommes ont en effet minimisé ou retranché des passages de l'Ecriture sainte, sélectionné des textes en fonction d'une liturgie et, trop souvent, altéré des enseignements fondamentaux de la Bible. A ce propos, le Christ est on ne peut plus explicite : « Enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Matthieu 28.20), « Celui donc qui supprimera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux » (Matthieu 5.19). Et dans les dernières lignes de la Bible, nous lisons : « Si quelqu'un retranche quelque chose des paroles prophétiques de ce livre, Dieu lui ôtera tout droit à l'arbre de vie et à la ville sainte décrits dans ce livre » (Apocalypse 22.19).

Dans la droite ligne de ces déclarations, Jean Charles Thomas (déjà cité plus haut) a raison d'observer que « la parole peut s'affadir, perdre son mordant, devenir blabla, vide, inconsistante. Les actes peuvent devenir ternes et les témoignages, pure prétention verbeuse. Jésus avertit : les gens détecteront rapidement cette dénaturation de la Parole ou de la vie évangélique. Ils ne lui accorderont aucun crédit. Ils préfèreront d'autres messages, choisiront d'autres témoins. Si la foi semble ne plus intéresser notre société, est-ce parce qu'elle manque de sens ? Ou parce que ceux qui sont chargés de la proposer la remplacent par un substitut de religion, par un produit “light“ qui ne mord pas sur les réalités, les actes ou les consciences ? Et si la lumière qui est en nous avait perdu de son dynamisme ? Et si les propositions de nos groupes ou communautés chrétiennes étaient de vagues dilutions de la Parole de Dieu (2) ? »

La réflexion diffuse

Il y a réflexion diffuse lorsque la lumière réfléchie est dispersée dans toutes les directions de l'espace… et donc nécessairement vers nos yeux, c'est la raison pour laquelle les objets éclairés sont visibles. Chacune des surfaces – mates – de la plupart des sujets photographiques courants est un diffuseur.

Nous sommes donc des diffuseurs, des sources de lumière diffuse. Mais en ce qui concerne la propagation de l'Evangile, nous préférons souvent nous comporter comme des surfaces polies, des miroirs, auquel cas, la lumière que nous réfléchissons ne concerne plus qu'une direction de l'espace ! En tant que chrétiens authentiques, nous sommes appelés à diffuser la lumière de l'Evangile vers tous les habitants de la terre, grands et petits, riches et pauvres, amis et ennemis, voisins et étrangers, en supprimant les frontières ou les distinctions de classes et de races selon l'ordre donné par le Sauveur qui, cela dit en passant, ne s'adresse pas seulement aux ministres consacrés mais à tous les croyants, à tous ceux qui reçoivent la vie du Christ (qui revêtent en quelque sorte son vêtement blanc) : « Allez par le monde entier, proclamez l'Evangile à toutes les créatures » (Marc 16.15), « Je t'ai établi pour être la lumière des nations, pour porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre » (Actes 13.47). La bonne nouvelle est pour chacun !

Des diffuseurs presque parfaits

En photométrie, un diffuseur parfait n'existe pas car cela signifierait d'une part, que la lumière réfléchie est égale à la lumière incidente et d'autre part, que la réflexion diffuse est rigoureusement uniforme à l'égard de toutes les directions de l'espace.

Il en est de même dans la vie chrétienne, mais nous devons tendre vers la perfection. C'est ce que Dieu nous propose, un idéal très élevé qui, certes, nous dépasse : « Vous serez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5.48), « Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien » (Jacques 1.4).

Invitation à recevoir et à transmettre la lumière de la vie

Puissent ces analogies « lumineuses » nous inciter maintenant à nous poser cette question : suis-je un récepteur permanent de la lumière divine et, simultanément, une source secondaire, mieux, un diffuseur « blanc » presque parfait aux yeux de tous les hommes ? Pour tendre vers cet idéal, laissons-nous simplement éclairer continuellement par la lumière vitale du « soleil de justice » (Malachie 4.2) et répondons à son invitation solennelle rapportée par saint Jean (chapitre 8, verset 12) : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »

« Jésus invite donc ceux qui croient en lui à veiller sur la qualité de leur engagement intérieur et à le laisser transparaître comme tout naturellement [écrit encore Jean Charles Thomas]. Jésus ne demande pas qu'on se mette en valeur avec ostentation : il attend que le disciple ne se taise pas lorsqu'il est questionné, même si sa parole suscite étonnement ou opposition. Jésus approuve la véritable humilité, contraire de cette fausse humilité de l'orgueilleux qui fait semblant de se déprécier pour obtenir un supplément d'approbation. Jésus demande le courage d'être et de laisser paraître ce que l'on est en vérité. Jésus n'a pas hésité à se définir comme “lumière du monde“ puisque c'était la stricte vérité. Il encourage maintenant ses disciples à prendre conscience de la lumière qui les habite pour la mettre à la disposition de ceux qui cherchent un peu de lumière afin de sortir des ténèbres où végète leur existence (3). »

 
Claude Bouchot
 

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1. Thomas Jean-Charles, « Comment promouvoir les Bonnes Nouvelles émises par Dieu ? », Esprit & Vie (Revue catholique de formation permanente), Cerf, n° 185, 2008, p. 38-39.
2. Ibid.
3. Thomas Jean-Charles, « Le disciple ne doit pas cacher ce qui le fait vivre », Esprit & Vie, Cerf, n° 119, 2005, p. 33-34.

 
 
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