Les véritables gagnants aux yeux de Dieu
 
 

« A vouloir trop avoir, l'on perd tout (1) » (Proverbe français).

 
 

C'est un fait aujourd'hui, chacun a ses idoles et rêve de leur ressembler. Combien de personnes veulent par exemple s'identifier aux sportifs professionnels de haut niveau, solides et entraînés, capables d'affronter des efforts physiques inouïs… des surhommes en quelque sorte ! De même dans les métiers du show business et de l'économie en général, que de modèles offerts à l'imitation ! La beauté physique, le charme séducteur et surtout la richesse sont autant de signes apparents de la réussite sociale.

De nos jours, la richesse est effectivement le principal indicateur du statut social. Elle détermine étroitement le mode de vie matériel et, selon la façon de penser devenue très habituelle à notre époque… la valeur de l’individu ! L’argent permet ainsi de classer chacun par rapport aux autres. En témoigne la question si familière aux Américains : « How much is he worth ? » (Combien vaut-il ?). Bien entendu, dans cette échelle simpliste des valeurs de réussite et de prestige – basée sur la seule mesure de la fortune personnelle – où se hiérarchisent donc les « gagnants », il n’y a pas de place pour les pauvres, les faibles et les malades… perdants aux yeux d’une société matérialiste marquée par une compétitivité à outrance !

Par ailleurs dans notre monde économique impitoyable, la personne trop candide et crédule est vite marginalisée ou éjectée. De surcroît, on a trop facilement tendance à considérer les individus comme des machines devenant vite obsolètes et improductives ! Ce qui compte pour réussir, c'est de savoir se mettre en valeur, voire écraser les autres en faisant des compromis et pire encore ! D'ailleurs, nous sommes souvent étonnés d'être confrontés à des individus au cœur de pierre ne s'embarrassant plus de sentiments humains et se comportant comme des robots. Durs et implacables, ils ont acquis des réflexes de survie comme si leur existence se passait dans la jungle.

Mais que pense Dieu de cette génération sans âme ? Peut-il agréer les normes de notre société mondialisée avec leurs conséquences inévitables ? Finalement, qui sont à ses yeux les vrais premiers, les véritables gagnants ? Jésus, lui-même répond à cette question. Lui, le plus grand (car revêtu de la toute-puissance divine), mais qui est venu dans notre monde en tant que serviteur, à tel point que peu l'ont reconnu comme Messie.

Ses paroles renversent totalement la manière de voir des hommes, pour la plupart ambitieux et motivés par un sentiment de supériorité : « Si quelqu'un veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur ; et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous » (Marc 10.43-44). A ceux qui aspirent au prestige, il dit aussi : « Celui qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé » (Matthieu 23.12, BFC). D'autre part, il met en garde contre la cupidité : « Attention ! Gardez-vous de tout amour des richesses, car la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens, même s'il est très riche » (Luc 12.15, BFC). « Et que servira-t-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme ? » (Marc 8.36). Puis, un peu plus loin dans le même évangile, d’autres paroles de Jésus nous laissent également penser que dans le monde à venir les critères de valeur seront manifestement différents de ceux habituellement avancés ici-bas : « Bien des premiers seront les derniers, et bien des derniers seront les premiers » (Marc 10.31).

Enfin, le fameux sermon sur la montagne appelé communément « les béatitudes de Jésus », de toute évidence, pose les fondements d'une société tout à fait à l'opposé de celle que nous connaissons. Ainsi, voici ce que nous pouvons lire dans l'évangile de Matthieu : « Heureux ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes, car le Royaume des cieux est à eux ! Heureux ceux qui pleurent, car Dieu les consolera ! Heureux ceux qui sont doux, car ils recevront la terre que Dieu a promise ! Heureux ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande, car Dieu exaucera leurs désirs ! Heureux ceux qui ont de la compassion pour autrui, car Dieu aura de la compassion pour eux ! Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! Heureux ceux qui créent la paix autour d'eux, car Dieu les appellera ses fils ! » (Matthieu 5.3-9, BFC). Selon ces déclarations, curieusement, les « petits », les « pauvres », les « rejetés », bref les perdants de la société – dans la mesure où ils restent agréables à Dieu – représentent donc à ses yeux les véritables gagnants !

« Un monde nouveau se profile, sur un horizon sans date. [écrit l’ancien évêque de Versailles Jean Charles Thomas] Il naîtra de l'Esprit du Seigneur. Il sera conforme à son dessein. Les honneurs terrestres n'en feront pas la gloire : les grands seront obligés d'abandonner leurs trônes, les riches se retrouveront les mains vides, mais les pauvres seront comblés, les pacifiques établiront la vraie paix, celle des cœurs, celle qui demeure même lorsque les temps sont troublés. […] Le bonheur et la joie accompagneront les valeurs du cœur et non les succès publicitaires. Le vide intérieur des gens considérés comme puissants apparaîtra aux yeux de tous : il en sera de même pour l'inanité des cultures fondées sur l'orgueil, le tapage publicitaire, les préoccupations exclusivement consuméristes. Beaucoup reconnaîtront qu'ils se sont trompés lourdement dans leurs mauvais choix (2). »

Dans le Royaume de Dieu, il y aura effectivement peu de gens brillants du fait de leur intelligence ou de leur physique, « ni beaucoup de sages selon les critères humains, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles » (1 Corinthiens 1.26). « Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour les rendre riches dans la foi et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment ? » (Jacques 2.5).

En résumé, les critères divins semblent être en totale opposition avec ceux de la société des hommes... qui sont en fait amenés à faire un choix : soit s'engouffrer dans la voie spacieuse des mondains en se conformant aux comportements impitoyables générés par notre monde aveugle, soit opter pour le camp de Dieu qui nous donne la possibilité d'adhérer à un idéal élevé.

Devant le délitement moral de cette nouvelle société impuissante à réduire les injustices et les violences qu’elle engendre, on peut entrevoir celle qui a été annoncée, il y a fort longtemps par l'apôtre Paul dans le Nouveau Testament : « Dans les derniers temps, il y aura des jours difficiles. En effet, les hommes seront égoïstes, amis de l'argent, vantards et orgueilleux [...] ils seront durs, sans pitié, calomniateurs, violents, cruels et ennemis du bien ; ils seront traîtres, emportés et enflés d'orgueil ; ils aimeront le plaisir plutôt que Dieu » (2 Timothée 3.1-4, BFC).

La Bible nous dit aussi que le chemin de ceux qui choisissent de marcher avec Dieu est rarement facile (Matthieu 7.14) et qu'il ne faut plus compter uniquement sur ses propres forces mais essentiellement sur la puissance divine. En nageant à contre-courant, le chrétien est vite mis à l'écart par la société et ne reçoit pas forcément l'approbation de son entourage, particulièrement de ses proches (Matthieu 10.36). Malgré cette discrimination sociale inévitable et douloureuse, il est réconfortant de savoir qu'il est tout à fait possible de vaincre et surmonter les obstacles dressés sur le chemin étroit du pèlerin car « en tout cela [c’est l'apôtre Paul qui l'atteste] nous remportons la plus complète victoire par celui qui nous a aimés » (Romains 8.37, BFC).

 
Karin Bouchot
 

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1. Anonyme, Citation, Site Evene.fr, [En ligne] http://evene.lefigaro.fr/, (consulté en février 2017).
2. Jean Charles Thomas, « Méditation pour le quatorzième dimanche du Temps ordinaire », Esprit & Vie (Revue catholique de formation permanente), Cerf, n° 129, 2005, p. 32-33.

 
 
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