Prière et exaucement
 
 

« Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir (1) » (Jésus-Christ).

 
 

En lisant cette promesse mise en exergue, on peut être étonné de la simplicité du fondement de l’exaucement de la prière. Dès lors, doit-on être naïf comme un enfant et prendre Dieu au mot, sachant que par ailleurs Jésus-Christ a déclaré qu’il faut ressembler à des enfants pour pouvoir entrer dans son royaume (cf. Matthieu 18.3) ? Selon cette logique, n’importe qui aurait le droit de demander n’importe quoi ! Certainement pas. Un voleur par exemple aurait-il le droit de demander de ne pas être pris par la police pour ne pas expier son forfait ? Cela paraît vraiment grotesque. Dieu ne peut cautionner les crimes et protéger les malfaiteurs qui n’ont aucunement envie de se repentir. Cette affirmation suppose donc nécessairement d’autres conditions pour l’exaucement de la prière.

A ce propos, l’apôtre Jean est plus explicite lorsqu’il écrit : « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l'assurance devant Dieu. Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable » (1 Jean 3.21-22). « Nous avons auprès de lui cette assurance que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu'il nous écoute, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée, quelle qu’elle soit » (1 Jean 5.14-15). On comprend alors que la principale exigence de l’exaucement est de marcher avec Dieu et de bien connaître sa parole. Toutefois, Dieu, dans son amour pour toutes ses créatures, est capable aussi pour se révéler de répondre immédiatement à la prière éclair ou à l’appel au secours de n’importe quel homme ou femme en situation extrême.

Par contre, que penser d’un malade fidèle à Dieu dont les prières n’ont toujours pas été exaucées ou seulement en partie ? Parfois, on croit bien connaître la parole de Dieu, mais en réalité elle n’est pas encore suffisamment ancrée en nous, elle est peut-être plus une connaissance intellectuelle qu’une expérience avec Dieu. A ce moment-là, le blocage se trouverait du côté de celui qui prie, mais dont les mots n’ont pas été inspirés par le Saint-Esprit. Ainsi, la prière ne reflèterait que la volonté de l’homme de réaliser son plan personnel souvent à l’opposé du dessein divin. Et alors dans ce cas, le silence de Dieu serait même salutaire pour la personne !

Remarquons en passant que l'apôtre Paul n'a pas été exaucé comme il le souhaitait (2 Corinthiens 12.9). L'exaucement dépend avant tout de la volonté de Dieu pour notre bien. Si nous insistons trop, Dieu peut nous exaucer, mais cet exaucement ne sera pas forcément une bénédiction. Ainsi, le roi Ezéchias a été exaucé en recevant une prolongation de sa vie de 15 années (2 Rois 20.6) et pendant cette période, il a eu un fils, Manassé qui… « fit ce qui est mal aux yeux de l'Eternel » (2 Rois 21.2) !

Si, lors de nos prières, nous étions toujours inspirés du Saint-Esprit (qui ne contredit jamais la volonté de Dieu), nos paroles et projets correspondraient plus exactement à ceux du Créateur. Au sujet de la volonté de Dieu, le prophète Jérémie, dans l’Ancien Testament, écrit justement : « Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Eternel, projets de paix et non de malheur » (Jérémie 29.11). Par ailleurs, dans cette première partie de la Bible, nous pouvons lire : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies » (Esaïe 55.8), « Recommande à l’Eternel tes œuvres, et tes projets réussiront » (Proverbes 16.3). Partant, pourquoi ne conclurions-nous pas ainsi nos prières adressées à Dieu : « Empêche-moi de contrecarrer tes desseins, que ta volonté soit faite à mon égard [ou à l’égard de la personne pour laquelle on prie] » ?

Enfin, il faut considérer l’exaucement de la prière dans l’optique de l’attente. Dieu, en effet, nous demande à plusieurs reprises d’être persévérants : « Priez sans cesse » (1 Thessaloniciens 5.17), « Persévérez dans la prière, veillez-y avec actions de grâces » (Colossiens 4.2), « Il est bon d’attendre en silence le secours de l’Eternel » (Lamentations de Jérémie 3.26). Mais dans tous les cas, il est prêt à nous répondre, souvent de façon inattendue et surprenante.

Parfois même, sa réponse semble être (à priori) aux antipodes de notre requête... comme en témoigne ce proverbe malgache : « J'ai demandé à Dieu une fleur, il m'a donné un cactus. Je lui ai demandé un papillon, il m'a donné un ver. Mais le cactus a donné une fleur et le ver s'est mué en papillon ! »

Mieux que nous, Dieu connaît nos besoins, et dans l'exaucement de nos prières – même lorsque ce dernier semble tarder –, nous pouvons aussi discerner un enseignement moral ou pratique qui, finalement, nous aide à progresser dans notre vie de foi. N’oublions pas non plus qu’il « peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons » (Ephésiens 3.20).

 
Karin Bouchot
 

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1. Evangile selon Marc 11.24.

 
 
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