La grâce de Dieu,
source de salut pour tous les hommes
 
 

« La grâce et la paix vous soient données par Dieu le Père et par notre Seigneur Jésus-Christ (1) » (Paul, apôtre de Jésus-Christ).

 
 

Un jour, un chef d’état accordait la libération à un prisonnier condamné à mort. Cette amnistie fit la une des médias. L’homme libéré inopinément en fut reconnaissant toute sa vie. Un don immérité lui tombait littéralement du ciel. Enfin, il pouvait recommencer une vie nouvelle et n’avait plus envie de retourner dans son ancienne situation de vie débauchée. Cette décision inattendue l’avait complètement transformé, l’amenant désormais à être un membre utile pour sa famille et son entourage. Il parlait de son expérience merveilleuse à qui voulait l’entendre. Un proverbe ne dit-il pas que « de l’abondance du cœur, la bouche parle » ! Désormais, il avait trouvé un sens à sa vie et pouvait en apprécier chaque instant. Ce fut non la prison mais une grâce présidentielle inespérée qui conduisit cet homme dépravé à sa transformation complète.

Il y a plus de deux mille ans, il s'est passé dans notre monde une histoire analogue, mais combien plus merveilleuse encore ! Non seulement un prisonnier mais toute l’humanité a été graciée par un acte d’amour inconditionnel. Et ce ne fut pas la grâce d'un chef d’état mais celle de Dieu, manifestée par Jésus-Christ annoncé plusieurs siècles auparavant (Esaïe 53). Ce Messie (2) à venir de l’Ancien Testament accepta de vivre la condition humaine et toutes les souffrances d'ici-bas afin de libérer l’homme de l’esclavage du mal. La grâce – faveur imméritée – de Dieu est la seule « source de salut pour tous les hommes » (Tite 2.11), elle exclut le désir de justice par les œuvres et transforme miraculeusement tous ceux qui l'acceptent.


Le salut de l'homme résulte uniquement de la grâce de Dieu

Concept humainement inconcevable, par amour pour ses créatures vouées à la perdition éternelle, Jésus-Christ, Fils de Dieu – devenu fils de l’homme – s’est dépouillé de tout, même de sa vie... afin de les sauver ! Autrement dit, il a pris sur lui le châtiment que l’humanité aurait mérité à cause de ses péchés. Il a ainsi accepté la mort la plus atroce – celle de la croix – pour payer le prix des transgressions des hommes. La mort – étant le salaire du péché selon les Ecritures – ne pouvait le retenir dans la tombe, lui qui était parfaitement innocent. C'est pourquoi Dieu l'a rendu à la vie... et en même temps, tous ceux qui acceptent sa grâce. Dans sa lettre aux Ephésiens, Paul explique justement comment Dieu arrache ses créatures à la mort spirituelle : « Autrefois, vous étiez spirituellement morts à cause de vos fautes, à cause de vos péchés. [...] Mais la compassion de Dieu est immense, son amour pour nous est tel que, [...] il nous a fait revivre avec le Christ. C'est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés. Dans notre union avec Jésus-Christ, Dieu nous a ramenés de la mort avec lui pour nous faire régner avec lui dans le monde céleste. Par la bonté qu'il nous a manifestée en Jésus-Christ, il a voulu démontrer pour tous les siècles à venir la richesse extraordinaire de sa grâce » (Ephésiens 2.1-7, BFC).

La grâce de Dieu est un concept tellement inouï qu'il semble effectivement dépasser l'intelligence humaine, à tel point que beaucoup d'hommes l'acceptent difficilement ! Pourtant, l'Ecriture ne cesse de souligner cet attribut divin qui est en fait le thème principal de l'Evangile (le mot grâce revient plus de 160 fois dans la Bible). La grâce est l'expression de l'amour de Dieu envers ses créatures : « Dieu a tant aimé le monde [écrit l'apôtre Jean] qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3.16). Si à cause du péché tous les hommes méritent la mort, à tous cependant est offerte la grâce d’un Dieu aimant... la dette de chacun a déjà été payée par le créateur, c'est la bonne nouvelle de l'Evangile !

Par sa mort et sa résurrection, le Christ a donc sauvé non seulement un prisonnier mais toute l’humanité. Cette bonne nouvelle a bouleversé la vie de ses disciples avant que ceux-ci – et leurs successeurs – la propagent dans le monde entier. Mais est-ce si facile de croire à cette grâce divine ? Peut-être quelqu’un mourrait-il pour un homme de bien, mais qui serait prêt à se sacrifier pour des gens de mauvaise vie ? Certainement personne ! Cet amour insensé nous dépasse et nous empêche souvent de saisir ce don immérité. Or, son acceptation constitue la seule condition du salut comme le rappelle clairement le livre des Actes des Apôtres : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, et ta famille avec toi » (Actes 16.31, BFC).


La grâce exclut les œuvres méritoires

Revenons à notre prisonnier condamné à mort et gracié. Il a dû certainement faire un bond en lisant le décret de sa libération ! Assurément, il a bien entendu les paroles du directeur de la prison lui disant de se préparer pour la sortie et n’a pas préféré rester dans ce lieu le privant, comme un esclave, de toute dignité humaine. Quant à nous, chrétiens, qui « avons été rendus justes devant Dieu à cause de notre foi » (Romains 5.1, BFC), sommes-nous vraiment conscients de ce salut extraordinaire à la manière de cet homme apprenant sa libération ? Ayant découvert et accepté depuis longtemps ce message extraordinaire du salut par la foi ou l'ayant peut-être reçu récemment, comment percevons-nous réellement cette bonne nouvelle, plus précisément, comment la vivons-nous chaque jour de notre vie ? Par exemple, grande est la tentation de vivre le christianisme à la lettre c’est-à-dire intellectuellement. Nous avons bien compris les faits historico-religieux et en sommes même convaincus, mais l’Esprit de Dieu n’a pas réussi à nous transformer complètement. Ou avons-nous peut-être gardé une certaine réserve, de petites incertitudes ?

Alors, hésitant à nous approcher de Dieu avec confiance comme de petits enfants afin de lui demander pardon et ne voulant surtout pas reconnaître notre totale impuissance à gagner le ciel par nos propres moyens, nous essayons de travailler durement pour acquérir la vie éternelle promise. Autrement dit, nous écoutons la bonne nouvelle du salut gratuit par la foi en Jésus-Christ tout en continuant à nous comporter comme des prisonniers cherchant à mériter leur libération ! Bref, notre orgueil humain ne nous incite pas à accepter volontiers – à titre gracieux – une place dans l'éternité, mais nous pousse plutôt à rechercher ce salut par nos propres œuvres !

Dans plusieurs de ses lettres où il aborde la question, Paul nous fait comprendre que le salut ne s'obtient que par la foi, non par l'obéissance à la loi : « Ce n'est pas par les œuvres de la loi que l'homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ » (Galates 2.16) ; « En effet, c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est pas par les œuvres, afin que personne ne puisse se vanter » (Ephésiens 2.8-9) ; « Ainsi donc, étant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ ; c’est par lui que nous avons accès par la foi à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes » (Romains 5.1-2).

On peut saluer ici la démarche personnelle courageuse de l’évêque catholique Jean-Charles Thomas – auquel nous sommes largement redevables à bien des égards – qui ayant parfaitement saisi l’importance de ce message de Paul, principe essentiel de la bonne nouvelle du salut, n’hésite pas à témoigner sa reconnaissance à ses frères protestants : « Je remercie mes frères de la Réforme, parce qu’ils ont su comme le dit […] Saint-Paul affirmer : “C’est par la grâce que je suis ce que je suis“… même si nous, catholiques, nous défendons “mais je me suis donné de la peine plus que tous“ ! A vrai dire, nous reconnaissons ensemble “ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi“. Cette justification, cette gratuité de Dieu, merci d’en être les témoins (3). »


La grâce transforme le croyant

La conséquence naturelle du bénéfice de la grâce chez les chrétiens devrait être la même que pour le prisonnier gracié. Le fait de savoir qu’une vie nouvelle avec un idéal élevé peut commencer et que les choses anciennes sont effacées et pardonnées par un Sauveur aimant, devrait nous inciter à lui être agréables par des actes de reconnaissance et non plus méritoires. Et même ces actes de gratitude, ces « bonnes actions [c'est Dieu qui les] a préparées depuis longtemps pour nous » (Ephésiens 2.10, Parole vivante par Alfred Kuen). De surcroît, en acceptant la grâce divine « Dieu lui-même œuvre en [nous], sa bienveillance suscite en [nous] à la fois la volonté et l'action, afin que ses desseins soient exécutés » (Philippiens 2.13, Parole vivante par Alfred Kuen).

Complètement transformés, nos visages devraient être enfin rayonnants amenant les gens de notre entourage à se poser des questions sur notre métamorphose inexplicable. Ayant reçu la vraie vie en abondance, nous ne saurions nous taire comme les premiers disciples. Répandre cette bonne nouvelle de la grâce en toute occasion autour de nous devrait être notre objectif suprême, non dans le dessein d'amener nos amis à une quelconque dénomination religieuse, mais surtout au pied de la croix du rédempteur Jésus-Christ.

Alors, méditons cette remarque si logique de Samuel Sahagian, pasteur de l’Eglise réformée de France : « Ne comptant plus que sur la grâce et l’amour de Dieu, étant libéré de la folle prétention de faire ton salut par tes œuvres ou tes mérites, par ton orthodoxie doctrinale ou morale, ou par ton orthopraxie politique, tu n’as plus le droit désormais de juger ton frère pour le condamner, même s’il est ton adversaire politique ou théologique. Toi, protestant évangélique, luthérien, baptiste, réformé ou pentecôtiste, mennonite ou charismatique, tu n’as plus le droit de refuser à un frère protestant, de quelque chapelle qu’il soit, le titre de frère chrétien. Tu n’as plus le droit de refuser de prendre la Cène avec lui. Toi et lui, vous dépendez ensemble de la seule grâce, du seul amour de Dieu, manifesté en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour tous, comme d’ailleurs en dépendent, qu’ils en soient ou non conscients, tous les hommes : car telle est notre foi. Toi, protestant, tu n’as plus le droit, parce qu’un jour tes pères ont été persécutés par l’Eglise catholique, de refuser aujourd’hui d’appeler les catholiques frères en Christ et de communier avec eux au corps et au sang du Seigneur, que ce soit à la messe dans une église catholique ou au culte dans un temple protestant (4). »

« En effet, la grâce de Dieu s'est révélée comme une source de salut pour tous les hommes ; elle s'est levée sur ce monde, illuminant l'humanité entière et apportant à tous la possibilité d'être délivrés du péché. Elle veut nous éduquer et nous amener à nous détourner de toute impiété, à rejeter toutes les passions et convoitises terrestres et à renoncer à la course aux plaisirs. Elle nous enseigne à vivre dans le monde présent avec sagesse, réserve et maîtrise de soi, en toute intégrité et honorabilité devant Dieu. Elle remplit nos cœurs de l'attente ardente de la réalisation de notre bienheureuse espérance : l'avènement glorieux de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ. Ne s'est-il pas livré lui-même pour nous afin de payer la rançon de toutes nos injustices et de nous racheter ainsi de l'asservissement au péché, en vue de se créer un peuple purifié du mal qui lui appartienne tout entier et qui se passionne pour l'accomplissement d'œuvres bonnes » (Tite 2.11-14, Parole vivante par Alfred Kuen).

 
Karin Bouchot
 

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1. Deuxième lettre aux Thessaloniciens 1.2, Parole vivante par Alfred Kuen, 1976.
2. Notons en passant que son existence et sa mort sont attestées par les historiens de l’époque, en particulier par Flavius Josèphe.
3. Thomas Jean-Charles, Homélie, Messe d’action de grâces, dimanche 4 février 2001.
4. Sahagian Samuel, Savoir se souvenir… Le message de liberté de la Réforme, Sermon de commémoration à l’occasion du tricentenaire de la Révocation de l’Edit de Nantes, Salle de la Mutualité, Paris, 13 octobre 1985, Conscience et Liberté (Organe officiel de l'Association internationale pour la défense de la liberté religieuse), n° 31, 1986, p. 107-108.

 
 
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